Les indésirables : malades mentaux et handicapés – C. Clergue

Fortifier la race, éliminer les faibles font partie du programme d’Adolphe Hitler dès 1933.

Euthanasier les inutiles

Avec la loi du 14 juillet 1933 sur la prévention de la transmission des maladies héréditaires débutent les stérilisations qui concernent les personnes atteintes de :

  • Débilité mentale congénitale
  • Schizophrénie
  • Folie cyclique
  • Épilepsie héréditaire
  • Chorée de Huntington
  • Cécité et surdité héréditaires

Un tribunal de santé décide de la stérilisation et on estime qu’entre 1934 et 1936, 200 000 à 250 000 hommes et femmes âgées de plus de dix-huit ans y furent contraints, ces stérilisations entraînant environ 6 000 décès. D’autres lois viennent renforcer la précédente : celle du 18 octobre 1935 interdit le mariage aux porteurs de tares héréditaires et en 1937 la stérilisation des « bâtards de Rhénanie[1] » est décidée.

L’opération T4

Puis, par une opération de propagande savamment orchestrée, Hitler -aidé par les médecins, les psychiatres et les anthropologues, tenants du Darwinisme[2]– met en place l’opération euthanasie ou T4[3] : les médecins doivent déclarer les bébés mal formés à la naissance (circulaire du 18 août 1939) et chaque institution psychiatrique doit déclarer son existence et recenser les patients incurables afin de mettre un terme à leurs « souffrances ».


Exemple de propagande : Problème mathématique proposé aux écoliers allemands pour démontrer l’inutilité des malades mentaux :

« Un malade mental coûte quotidiennement environ 4 Reichsmarks, un infirme 5, 50 RM, un criminel 3,5 RM, un apprenti 2 RM. (…) 1) Faites un graphique avec ces chiffres. 2) D’après de prudentes estimations, il y aurait en Allemagne 300 000 malades mentaux, épileptiques, etc., qui reçoivent des soins permanents. (…) Calculez combien coûtent annuellement ces 300 000 malades mentaux et épileptiques. Combien de prêts non remboursables aux jeunes ménages à 1 000 RM pourrait-on faire si cet argent pouvait être économisé ? »


Un semblant d’expertise est réalisé par les médecins : une croix rouge envoie les incurables à la mort tandis qu’une croix bleue préserve les autres, un temps, d’une mort certaine.

Transférés dans un des six centres de mise à mort[4], malades mentaux et handicapés sont alors les premiers à expérimenter les méthodes de gazage soit par le monoxyde de carbone, les gaz d’échappement ou le zyklon B, utilisé à Auschwitz en 1941. À raison d’un milligramme par kilogramme de poids, la dose mortelle tue un individu en vingt minutes, vingt longues minutes de souffrances atroces… et on estime qu’ils sont 70 000 à 71 000 à avoir été exterminés ainsi, sans qu’on connaisse cependant les chiffres des handicapés et malades mentaux tués de la même manière en Pologne, Prusse Orientale et Occidentale et Poméranie.

« Tu ne tueras point »

Si le pape Pie XI avait dénoncé la stérilisation via son encyclique « De Casti connubii », les protestants et catholiques allemands[5] protestent de leur côté et condamnent l’euthanasie. Face à cette résistance, Hitler se voit contraint de stopper officiellement son programme T4 en août 1941 mais le poursuit secrètement jusqu’à la fin de la guerre dans des cliniques allemandes ou autrichiennes. On injecte alors des doses mortelles ou on affame les malades.

Entre 1939 et 1945, selon les historiens, ce sont 250 000 à 300 000 personnes qui auraient ainsi été exterminées et parmi celles-ci, des enfants.

En 2002, on a retrouvé ainsi « 750 cerveaux et têtes d’enfants ont été découverts dans les sous-sols de la clinique pour enfants de Vienne, la Spiegelgrund. Ces 750 enfants, âgés de quelques jours à une quinzaine d’années, ont été assassinés dans le cadre du programme d’euthanasie des nazis conduit par le docteur Heinrich Gross, commandant en second de la Spiegelgrund. Certains de ces enfants étaient trisomiques, d’autres handicapés, certains épileptiques, d’autres tout simplement… asociaux (!)[6]. »

Une reconnaissance tardive ?

« Malgré les grands procès de Nuremberg menés dans l’après-guerre, la campagne « T4 » a eu très peu de suites judiciaires et une grande partie des professionnels de santé impliqués ont simplement poursuivi leurs carrières. Parallèlement, ni l’ex-RFA ni l’ex-RDA n’ont consenti beaucoup d’efforts pour indemniser et rendre hommage aux survivants[7]. »

En effet, après l’inauguration en 2008 du mémorial pour les homosexuels et en 2012 de celui des Tziganes victimes du nazisme, il faut attendre septembre 2014 pour que l’Allemagne consacre enfin un monument aux victimes des crimes d’euthanasie commis par le régime hitlérien.

Chantal Clergue


[1] C’est-à-dire les enfants métis nés de femmes allemandes et de pères soldats de couleur.
[2] Hitler écrira ainsi dans Mein Kampf : « La nature ne destine à vivre que les meilleurs et anéantit les faibles ».
[3] Le bureau chargé du programme  se trouvait au 4, Tiergartenstrasse à Berlin.
[4] Bernburg, Brandenburg, Grafeneck, Hadamar, Hartheim et Sonnenstein.
[5]  Le cardinal de Munster et celui de Limbourg notamment.
[6] http://triangles-roses-photos.blogspot.fr/2009/08/nazisme-et-handicap-la-memoire-des.html
[7] http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Berlin-consacre-un-memorial-aux-handicapes-victimes-du-nazisme-2014-09-02-1200090

3 réflexions au sujet de « Les indésirables : malades mentaux et handicapés – C. Clergue »

  1. Wow aujourd’hui on apprécie d’être tous différents et à chacun de faire avec les problèmes des autres à cette époque on pensait différemment chez ces gens 😖

  2. Le château D’HARTHEIM est situé à Alkoven, près de Linz en Autriche. Des malades sont soignés à l’institution caritative de Hartheim depuis 1898. Dans les premiers jours d’octobre 1939; Hitler décide de mettre en pratique l’euthanasie sur des patients dits incurables.C’est dans ce château que 10 déportés Clunisois âgés, malades,handicapés physiques,ont été exterminés. Actuellement le château abrite un mémorial dédié aux milliers de personnes qui ont été assassinés par les Nazis.
    Vous pouvez lire GAZAGE DE CONCENTRATIONNAIRE AU CHÂTEAU DE HARTHEIM
    de Jean Marie WINKLER Edition Tirésias.
    En octobre dernier c’était ma 3eme visite à Hartheim.
    annie.

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