[Interview] Les Allemands et les jeunes allemands face au passé de leur pays – Clément Bézier

Nico_article_clementDurant notre scolarité, nous apprenons beaucoup de choses sur la Seconde Guerre mondiale, que ce soit par des textes, des témoignages, ou même des images. Cela nous permet, en tant que jeunes citoyens français, d’avoir conscience des événements que notre pays a subis. Mais qu’en est-il aujourd’hui dans le pays qui est le berceau de la Seconde Guerre mondiale et du régime Nazi ? Quelles relations ont aujourd’hui les Allemands avec le passé de leur pays ? Et plus particulièrement, quelles relations les jeunes allemands entretiennent-ils avec ce passé, au travers des cours d’Histoire ?

C’est dans le cadre d’un échange linguistique avec Nico, un jeune allemand de 17 ans issu d’une famille entièrement allemande, que j’ai pu avoir des réponses à ces questions.  Voici son interview.

As-tu encore des grands parents qui ont vécu la guerre ? T’en ont-ils parlé ?

Oui, ma grand-mère maternelle qui a aujourd’hui 78 ans a connu la guerre. Elle avait trois ans au début de la guerre et neuf à la fin. Elle m’a un peu raconté ce qu’elle a vécu pendant : elle vivait près d’une base marine nazie, et comme il y avait beaucoup de bombardements, il fallait aller se cacher dans les blockhaus. Elle avait aussi des frères et sœurs qui étaient plus jeunes.

Quant à toi, en tant qu’Allemand, et connaissant le passé de ton pays, es-tu fier d’être Allemand ?

Je suis très fier d’être Allemand, je trouve que l’Allemagne possède une grande et riche culture. Et malgré les événements de la guerre, je suis fier de mon pays. J’en suis d’autant plus fier que maintenant, l’Allemagne est devenue un pays multiculturel !

En France, on a pour habitude d’associer les Allemands aux nazis, est-ce la même chose chez vous ? Est-ce que pour vous les Allemands sont responsables de cela, ou faites-vous une distinction entre Allemands et nazis ?

C’est à peu près la même chose chez nous. Nous associons les nazis aux Allemands, mais nous savons, et cela est important, qu’il n’y avait que certaines personnes qui étaient des nazis, les autres n’étaient que spectateurs.

Est-ce que le passé de ton pays est tabou en Allemagne ?

Non pas du tout, l’Allemagne nazie n’est pas pour les Allemands un sujet tabou, au contraire c’est un sujet très courant. Et justement on s’efforce d’en parler, pour éviter de refaire les mêmes erreurs et que cela se reproduise. Et cela permet également d’accepter le passé.

Pour les Allemands, l’Allemagne est-elle responsable de la Seconde Guerre mondiale ?

Oui, c’était l’Allemagne ; même si on sait que l’Italie et le Japon étaient aussi dans le coup, on sait que l’Allemagne est majoritairement responsable de cela.

Durant vos cours d’histoire, comment est abordée cette période ?

C’est un sujet comme les autres, nous apprenons l’histoire de cette période de la même façon que la Révolution française vous est enseignée. En éducation civique, on travaille assez sur ce sujet de façon indirecte, puisque nous apprenons à éviter le racisme. Nous apprenons également beaucoup sur la République et sur son fonctionnement. Et cela, en plus d’autres moyens mis en œuvre, est là pour empêcher que cela se reproduise. En effet, cette question est encore d’actualité : cela peut-il se reproduire ?

Quelle est la place de l’Allemagne nazie dans l’éducation des jeunes Allemands ?

Cette période de l’histoire constitue une partie très importante de notre éducation. Nous en parlons chaque année.

En dehors des cours d’histoire, recevez-vous une instruction par rapport à cela ?

Oui, en première nous devons participer à un « cours de projet » obligatoire. Dans ce cours, nous parlons des camps de concentration. Nous devons également produire un travail d’une dizaine de pages. Chacun a son propre sujet et après nous le présentons devant la classe. Nous avons également la possibilité d’aller à Auschwitz.

Sur quoi portait ton exposé ?

J’ai travaillé sur le médecin d’Auschwitz : Mengele, un médecin qui a fait des expériences inhumaines sur les déportés. Ses expériences étaient horribles.

Que t’ont apporté ces recherches ?

Pendant ce projet, j’ai appris ce qu’il avait fait aux gens. J’ai lu beaucoup de textes mais j’ai également vu des photos de ses expériences ; c’était très dur à voir… Je n’arrive pas à comprendre comment il a pu faire cela à des êtres humains.

Penses-tu que ce « cours de projet » est important ?

Oui, je trouve que ce cours est très important ; cela nous permet de bien voir toute l’inhumanité de ces personnes. C’est tellement choquant ! Je pense que c’est un moyen de plus pour empêcher que cela se reproduise.

En général, les jeunes Allemands aiment-ils ce cours ?

Oui, même si cela reste très dur pour tout le monde, c’est vraiment un cours que nous aimons bien.

Il y a certaines personnes qui font des blagues sur le régime, cela est très mal vu.

Quelle relation a ta famille avec la guerre ? As-tu des grands parents qui l’ont faite ? Est-ce un sujet que vous abordez couramment ?

J’ai un de mes arrière-grand-pères qui a été tué pendant la guerre. Et c’est un sujet qui est très courant ; mon grand-père raconte beaucoup de choses. Nous parlons souvent de l’inhumanité. Nous  savons que nous sommes le pays des poètes et des philosophes, avec Goethe ou Schiller, et c’est pour cela que nous nous demandons vraiment comment un pays aussi marqué par la philosophie a  pu en arriver à perdre toute raison.

Penses-tu que les Allemands se sont pardonné à eux-mêmes pour la guerre ?

Oui, je pense que la guerre est aujourd’hui enfin pardonnée, même s’il en reste des marques. Par exemple, en Allemagne, l’hymne national qui date de l’avant-guerre s’est vu retirer ses deux derniers couplets ; il est maintenant interdit de les chanter. De plus, se revendiquer Allemand est mal vu depuis la guerre (le nationalisme) et on ne se dit pas aisément fier d’être Allemand.

Estimes-tu que désormais le monde a accepté le passé de l’Allemagne ?

Oui je pense que tout le monde a accepté ce passé et a pardonné à l’Allemagne et aux Allemands. Les autres pays ont accepté cette période, même si certaines personnes ont encore de l’amertume envers nous. J’ai pu en faire l’expérience à Paris alors que je demandais juste mon chemin à une personne : lorsque celle-ci a su que j’étais Allemand, elle m’a repoussé.

Es-tu déjà allé à Auschwitz ?

Pour ma part, je ne suis pas allé à  Auschwitz, mais je connais des personnes qui sont allées visiter le camp. Ils ont trouvé ça impressionnant et choquant.

Clément Bézier, terminale

Une réflexion au sujet de « [Interview] Les Allemands et les jeunes allemands face au passé de leur pays – Clément Bézier »

  1. Clément je te félicite, je trouve tes questions et surtout les réponses, très raisonnables et judicieuses. Merci à ce jeune allemand qui a bien conscience de l’horreur de cette guerre.

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