Archives pour la catégorie Poésie

[Poésie] Micheline Maurel. Y-a-t-il des échelons sur l’échelle de la douleur et de la souffrance ?

Texte de Micheline Maurel, extrait du livre de Pierre Seghers « La résistance et ses poètes (France 1940-1945).

« Mon Dieu, je voudrais dire un mot
et pardonnez-moi s’il est dur
car c’était dur
ce que je vais vous raconter

Pour avoir écouté la passion de Jésus
De Jésus qui a souffert quelques jours et qui est mort
Et depuis lors il ne souffre plus. Continuer la lecture de [Poésie] Micheline Maurel. Y-a-t-il des échelons sur l’échelle de la douleur et de la souffrance ? 

[Poésie] Micheline Maurel – De mon lit de prison

Micheline Maurel (1916-2009) a été professeur de lettres classiques. En 1942, elle entre dans le réseau de résistance lyonnais Marco Polo. Arrêtée en 1943, elle est déportée au Neubrandenburg, annexe du camp de Ravensbrück, matricule 22 410. Elle sera libérée en avril 1945. Elle publiera différents ouvrages dont des recueils de poésie.

De mon lit de prison qui geint quand on s’y pose
Si petit et si bas que l’on n’y peut s’asseoir,
Vers le ciel du levant et les pins au tronc rose
Je me tourne, le soir.
Là-bas est le pays du grand ami que j’aime
Et si je ne sais plus sous quels cieux il combat
Je sais que son regard, des antipodes même,
Se tourne vers là-bas.
Lui pour la liberté fait au loin sa besogne,
Moi, le sort à brisé mon travail et mes vœux,
Mais son cœur et le mien s’envolent en Pologne
Se rejoindre tous deux.

Ravensbrück, septembre 1943

[Poésie] Pat Binder – Voices from Ravensbrück

Un excellent site à visiter sur les poèmes écrits par les déportées à Ravensbrück : http://www.pat-binder.de/ravensbrueck/

« Voices from Ravensbrück, une œuvre de l’artiste Pat Binder, exploite les possibilités expressives d’Internet pour offrir au public, en particulier aux jeunes, une nouvelle vision de l’Holocauste. Subventionnée en partie par la fondation Daniel Langlois, cette œuvre donne voix aux poèmes rédigés par des femmes emprisonnées au camp de concentration de Ravensbrück. Des fichiers audio et des images permettent aux visiteurs du site Web de prendre la mesure des qualités esthétiques de cette poésie. « 

http://www.fondation-langlois.org

[Poésie] Paul Celan – Todesfuge, 1944

Schwarze Milch der Frühe wir trinken sie abends
wir trinken sie mittags und morgens wir trinken sie nachts
wir trinken und trinken
wir schaufeln ein Grab in den Lüften da liegt man nicht eng
Ein Mann wohnt im Haus der spielt mit den Schlangen der schreibt
der schreibt wenn es dunkelt nach Deutschland dein goldenes Haar Margarete
er schreibt es und tritt vor das Haus und es blitzen die Sterne er pfeift seine Rüden herbei
er pfeift seine Juden hervor läßt schaufeln ein Grab in der Erde
er befiehlt uns spielt auf nun zum Tanz Continuer la lecture de [Poésie] Paul Celan – Todesfuge, 1944 

[Poésie] Catherine Roux – Après la fouille d’entrée, Ravensbrück, 22 avril 1944.

Mon Dieu,
Je n’ai plus de vêtements sur moi,
Je n’ai plus de chaussures,
Je n’ai plus de sac, de portefeuille, de stylo,
Je n’ai plus de nom. On m’a étiquetée 35202.
Je n’ai plus de cheveux,
Je n’ai plus de mouchoir,
Je n’ai plus de photos de maman et de mes neveux,
Je n’ai plus l’anthologie où, chaque jour, dans ma cellule de Fresnes, j’apprenais ma poésie,
Je n’ai plus rien. Mon crâne, mon corps, mes mains sont nues. Continuer la lecture de [Poésie] Catherine Roux – Après la fouille d’entrée, Ravensbrück, 22 avril 1944. 

[Poésie] Moshe Schulstein – Une poupée à Auschwitz.

Sur un tas de cendre humaine une poupée est assise
C’est l’unique reliquat, l’unique trace de vie.
Toute seule elle est assise, orpheline de l’enfant
Comme autrefois elle l’était parmi ses jouets
Auprès du lit de l’enfant sur une petite table
Elle reste assise ainsi, sa crinoline défaite,
Avec ses grands yeux comme en ont toutes les poupées du monde Continuer la lecture de [Poésie] Moshe Schulstein – Une poupée à Auschwitz.