[Portrait] Nelly : une Victoire en plein camp – Cloé Fougerard

Selon les travaux de l’Institut d’histoire du temps présent et du ministère des anciens combattants, 141 000 personnes en France ont été déportées soit pour des raisons raciales (≈75 000 dont 2 500 survivants) soit pour des raisons diverses (≈66 000 dont 42 000 pour des faits de résistance). Sur 141 000 déportés seuls 25 000 reviennent des camps.

Dans les camps, pour celles et ceux qui n’étaient pas directement dirigés vers la chambre à gaz, la vie continuait et certaines femmes ont accouché dans les camps mais peu d’enfants survécurent : soit les nazis les exterminaient à la naissance, soit les enfants décédaient de maladies ou de malnutrition.

Peu nombreux sont donc ceux qui revinrent de la déportation mais c’est le cas de Nelly Ducatel, bébé rescapé des camps de la mort.

Archive privée, Nelly Ducatel

La maman de Nelly, Alberte Ducatel a été arrêtée chez elle, avec son mari Victor, par les Allemands pour faits de résistance. Elle rentre dans ce réseau de résistance par le biais d’un ami de son mari ; sa décision n’est pas difficile à prendre, car elle détestait les Allemands « sans même les connaître » : son père lui en avait tellement parlé pendant la guerre de 14-18, que pour elle, il était difficile de rester neutre.

Chez elle, elle possédait des postes émetteurs-récepteurs qui venaient de Paris permettant d’envoyer des messages deux fois par semaine à Londres pour tenir au courant de l’avance des Allemands en France.

Archive privée, Nelly Ducatel

Alberte pense avoir été dénoncée par une voisine dont le mari était engagé dans l’armée allemande ; ils sont arrivés à 6h du matin, raconte-t-elle, et ont fouillé la maison pour trouver des preuves de résistance. Malgré le fait que son mari ait rangé tout le matériel, c’est juste 3m de fil qui ont suffi à nous faire arrêter le 18 novembre 1943 ; là ont alors commencé les interrogatoires.

Début février 44, Alberte quitte son mari en lui annonçant qu’elle est enceinte ; elle est isolée avec d’autres femmes destinées à partir pour Ravensbrück ; elles prennent alors un train qui les mènera jusqu’à la prison Saint-Gilles à Bruxelles.

Nelly naît le 17 juillet 1944 ; Alberte accouche seule dans une cellule avec pour seule aide, madame Robert, une connaissance, qui coupe le cordon du bébé et le désinfecte avec de l’alcool à brûler. L’Obérin, gentille, fait appel deux jours plus tard à une sage-femme qui vient voir l’enfant ; après avoir désinfecté de nouveau, elle referme le bandage autour du ventre de l’enfant et fait exprès de lui prendre un morceau de peau du ventre avec les épingles.

A l’avance des Russes, la prison doit être évacuée vers Ravensbrück ; pour permettre aux trois mères et aux enfants -dont Nelly de vivre- l’Obérin les raye de la liste des départs, pour les envoyer à Kreusburg. A travers son témoignage, Alberte affirme que sa fille l’a sauvée ; en effet, d’une part elle lui a permis de ne pas lâcher prise et d’autre part de ne pas partir pour le camp où elle aurait pu finir à la chambre de gaz.

Dans cette seconde prison, elle rencontre madame Parmentier -devenue marraine de Nelly- avec qui elle vole des patates pour les faire cuire à la laverie en complément des maigres rations qu’elles reçoivent.

Lorsque les Russes viennent pour les « libérer », les mamans et leurs enfants sont de nouveau enfermés avec les malades, alors que toutes les autres prisonnières partent à pied sous la neige. Restés seules, elles décident après une dizaine de jours d’aller rejoindre des travailleurs STO français, qui elles l’espèrent, les aideront à regagner la France ; elles partent à leur recherche et décident de les suivre. Ensemble, ils parcourent 300 km à pied sous la neige avec les enfants dans un landau ; puis ils sont bloqués et hébergés dans une caserne. C’est là qu’Alberte fera la connaissance de son second mari qu’elle épousera en 1951.

Après plusieurs jours dans cette caserne, ils prennent un train qui les ramène en France.

A son retour, Nelly est apatride car aucune déclaration de naissance n’a été faite pendant sa déportation ; sa maman a donc dû payer 1 500 francs pour qu’elle soir reconnue de nationalité française.

Archive privée, Nelly Ducatel

Pour Alberte, la guerre se terminera le 23 juillet 1945 : c’est à cette date qu’elle sait que son mari est décédé mais que la vie continue avec la naissance et la survie inespérée de sa fille Nelly France Jeanne Victoire Ducatel.

Cloé Fougerard

3 réflexions au sujet de « [Portrait] Nelly : une Victoire en plein camp – Cloé Fougerard »

  1. Je reconnais sa maman ! Je savais que Nelly était née en déportation . J’aimerais tellement la revoir ! Nous avons travaillé ensemble au téléphone au Touquet , en particulier en partie la nuit : elle était détachée de son bureau : Arras et moi du mien : Saint Omer ! Transmettez lui ce message si vous le pouvez !

  2. Merci Cloé pour le texte sur Nelly je lui ai fait parvenir.
    Elle espère un jour te rencontrer.
    Juste une chose elle est née kreusburg en Haute Silésie et ça elle y tient beaucoup.

    Encore une fois BRAVO

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