[Convoi 77] Un pas dans le passé : les archives départementales de Saône-et-Loire – Thomas Loisier

Pascale Goutagny, IA-IPR d’histoire-géographie dans notre académie, a attiré notre attention il y a quelques semaines sur un nouveau projet : le Convoi 77 « dernier grand convoi de déportés vers Auschwitz », projet européen collaboratif. Ce travail a pour ambition de reconstituer l’histoire personnelle de chacun des 1321 déportés du dernier grand convoi ayant quitté Drancy pour Auschwitz le 31 juillet 1944.

Des familles ayant été parfois totalement exterminées, la trace de nombreux déportés a été définitivement perdue et « l’idée de proposer à des collégiens et lycéens dans chaque pays concerné, de rechercher dans leur ville ou leur village, les traces de ces personnes déportées qui naquirent et vécurent là où ils vivent aujourd’hui, que leurs grands-parents ont peut-être côtoyées ou même connues. »

Pour en savoir plus sur le projet : http://www.convoi77.org/

En Saône-et-Loire, la famille Handzel, Juifs réfugiés du Luxembourg, a résidé à Sancé-les-Mâcon dès 1941 et Léonie et son fils Marcel sont les seuls Saône-et-Loiriens à avoir été déportés par le convoi 77. Trois élèves du projet Matricule (Marie, Cloé et Thomas) ont donc décidé de tenter de retracer la vie des Handzel, arrêtés, déportés et exterminés.

Pour débuter ces recherches, nous sommes donc allés pendant ces dernières vacances dans le village de Sancé puis aux archives départementales. Et c’est Thomas qui a eu la chance de dépouiller les premières sources archivistiques concernant les Handzel. Voyons  ce qu’il a trouvé aux AD de Saône-et-Loire.

Mairie de Sancé-les-Mâcon où se trouvaient en 1944 les locaux de l’école primaire, février 2017, C. Clergue

Durant nos recherches sur la famille Handzel concernant le projet Européen Convoi 77, nous avons décidé, dans l’optique d’en savoir plus sur leur vie à Sancé-les-Mâcon,  d’aller aux archives départementales de Saône-et-Loire à Mâcon avec C. Clergue, F. Loreaud et moi-même.

Arrivé face à l’imposant bâtiment se dressant devant nous et surplombant toute la ville, nous entrons dans le hall de la tour des archives. Après une «ascension» de quelques marches d’escalier, nous arrivons à la réception et nous sommes chaleureusement accueillis par C. Mariotte, attachée de conservation. Celle-ci ayant déjà repéré quelques documents susceptibles de nous intéresser, elle nous suggère de dépouiller aussi les registres de l’école primaire de Sancé, afin que je puisse peut-être trouver des éléments sur l’enfance de Marcel Handzel, le fils de la famille étudiée.

Pour cela, nous avons dû nous inscrire en vue de consulter les nombreux dossiers en leur possession. La rédaction du formulaire, composé de questions des plus banales, est rapidement exécuté et une carte de lecteur (gratuite) nous est confiée. Par la suite, nous avons pu accéder à la salle de recherche : nous avons remarqué de multiples personnes qui, comme nous, dans un silence total, faisaient un pas décisif dans le passé. Pour ma part, j’ai reproduit les indications que m’avait confiées Madame Mariotte et j’ai indiqué à un employé le dossier que je désirais consulter. Quelques minutes après, j’ai reçu mes documents. L’archive à dépouiller était un annuaire,  rédigé par les maîtres, des élèves inscrits à l’école primaire de Sancé.

Après avoir feuilleté les années 1940-1944, j’ai trouvé un résultat concluant. En effet, le nom de Marcel Handzel, fils d’Oscar Handzel, était visible dans les listes de  1941 puis dans celles de 1942.

Registre de l’école primaire de Sancé, année 1941,  février 2017, F. Loreaud

En face de son nom, le maître avait inscrit la douloureuse mention : « Arrêté par les Allemands ». J’avais la preuve que la famille Handzel avait donc bien résidé à Sancé et que Marcel avait été arrêté en 1944, sur les bancs de son école.

Dans le dossier consulté, j’ai également fait l’étonnante découverte d’un ancien et magnifique plan en bon état et très détaillé de l’école primaire de Sancé. Cela nous permet de connaître les lieux où Marcel a étudié, la salle de classe n’ayant pas dû beaucoup changer depuis son installation dans les années 1880.

Après avoir obtenu ces informations primordiales sur les Handzel, nous quittâmes les lieux. La trame de leur vie, entre le Luxembourg et la Saône-et-Loire, commence à s’éclaircir mais il nous reste encore de multiples informations à recueillir pour rédiger les deux biographies de ces personnes persécutées, traquées et assassinées injustement : d’où viennent-elles et pourquoi se réfugient-elles en France et quand ? Comment vivaient-elles au Luxembourg et à Sancé ? Ont-elles encore de la famille  et peut-on retrouver leur trace ? A-t-on des témoins qui ont connu Marcel et sa maman à Sancé ? Comment ont-ils été arrêtés ? Qu’est devenu le papa de Marcel puisqu’il a été arrêté avant 1944 ?

Vous l’aurez compris, nous avons du pain sur la planche pour tenter de répondre à toutes ces questions le plus exactement possible dans les prochaines semaines.

Thomas Loisier

 

4 réflexions au sujet de « [Convoi 77] Un pas dans le passé : les archives départementales de Saône-et-Loire – Thomas Loisier »

  1. Mon petit Thomas, je te félicite pour tes recherches aux archives.
    J’espère que des anciens élèves de Marcel vont lire ton texte.
    Bravo bon courage pour la suite.

    1. La rencontre avec les amis de Marcel à Sancé est prévue pour mercredi prochain ! On avance, on avance !
      Mais on espère surtout une rencontre avec le cousin de Marcel au Luxembourg, un des seuls survivants de la famille…

      Si lui le souhaite, nous serons bien entendu présents !

  2. Vous allez rendre un bel hommage à la famille Handzel qui a pensé trouver refuge près de chez nous : Oscar, Léonie et le petit Marcel raflé par cinq Allemands dans une salle de classe… devant les yeux de ses camarades.

    Félicitations Thomas pour ce premier article et votre investissement.
    Merci également à la mairie de Sancé-les-Mâcon et aux archives départementales pour l’aide apportée dans cette recherche.

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