[Portrait] Daniel Trocmé, monsieur le professeur Juste parmi les Nations – Marie Lévêque

Le Chambon-Sur-Lignon, un village protestant situé en Haute-Loire entre Valence et Le Puy-en-Velay, fait partie du réseau des Lieux de mémoire de la Shoah en France. Mais contrairement à d’autres lieux de mémoire tels que le camp de Gurs, c’est le seul site qui n’est pas associé à l’arrestation ou à la déportation de Juifs mais au sauvetage de ceux-ci. Ainsi, durant la période 1939-1945 sur Le Plateau -une vaste zone montagneuse dont le centre géographique et d’action était le village du Chambon-sur-Lignon- un sauvetage ordinaire mais pas officiel s’organisa et sauva des milliers de Juifs, de Républicains espagnols, d’enfants de résistants… À ce titre, le village du Chambon-sur-Lignon a reçu en 1990 la distinction de « Juste parmi les Nations » pour l’action de courage et de bravoure qui fut menée durant la Seconde Guerre Mondiale par des hommes et des femmes, héros pour toujours. C’est aujourd’hui le portrait de Daniel Trocmé que je viens vous présenter, qui fait partie de ceux qui ont porté des valeurs bien oubliées durant cette sombre période de l’histoire.

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©Mémorial de la Shoah – CDJD

Daniel Trocmé est le fils d’un cousin du pasteur André Trocmé, un personnage très important du Chambon sur-Lignon. Né en 1912, il devient professeur de sciences naturelles et enseigne au lycée français de Rome ainsi que dans une école située dans l’Eure.

En 1942, il choisit de rejoindre le Chambon-sur-Lignon lorsque André Trocmé lui propose de diriger une maison d’enfants, Les Grillons. Pour expliquer son choix il écrit : « J’ai choisi cette aventure non pas parce que c’était l’aventure mais parce que je pourrai ainsi ne pas avoir honte de moi. » Conscient de l’époque trouble dans laquelle il vit, et malgré les risques encourus, il devient également directeur de la Maison des Roches qu’il baptise « Foyer universitaires des Roches ». Il s’agit d’un centre d’accueil pour jeunes hommes entre 18 et 30 ans, souvent sortis des camps d’internement et majoritairement allemands juifs ou anti-nazis et républicains espagnols.

Dès lors, il s’investit dans la direction des maisons en participant à l’enseignement et en cherchant toujours à optimiser les conditions de vie des pensionnaires, en s’occupant notamment du ravitaillement et en organisant diverses tâches telles que la cuisine ou la lecture de contes aux enfants. Malheureusement, le 29 Juin 1943 une rafle a lieu à la maison des Roches. Dix huit jeunes hommes sont arrêtés pour être emprisonnés (Républicains espagnols)  ou déportés (Juifs). Le professeur, prévenu pour qu’il puisse partir à temps, refuse cependant d’abandonner ses jeunes et il est arrêté à son tour. Il est accusé d’aider et de protéger les Juifs, mais selon lui il ne fait que protéger les opprimés. Il est finalement déporté au camp de Maïdanek en Pologne où il meurt le 2 avril 1944 alors qu’il est âgé seulement de 34 ans. Il recevra à titre posthume la médaille de «  Juste parmi les Nations » en 1976.

Ainsi Daniel Trocmé est un des visages, un de ceux qui a participé à la Résistance civile dont on parle trop peu, mais qui a permis dans toute l’Europe -grâce à l’action d’hommes et de femmes- de sauver des milliers de personnes susceptibles d’être inquiétées ou déportées par les nazis.

Ainsi, pour aborder la question de manière plus philosophique, Daniel Trocmé a su écouter sa conscience morale, qui comme le dirait Socrate, est une invitation constante à remettre en question les valeurs communément admises par la société et à s’interroger sur ce qui est bien en soi. C’est donc dans une époque trouble où les valeurs de solidarité, d’humanité étaient bafouées où un Homme parmi tant d’autres, Daniel Trocmé, n’a pas agi par intérêt pour lui, mais est resté fidèle à lui-même, et est  mort pour ses idéaux.

Marie Lévêque

8 réflexions sur « [Portrait] Daniel Trocmé, monsieur le professeur Juste parmi les Nations – Marie Lévêque »

  1. Remarquable biographie d’un homme qui a choisi de combattre pour ses principes là où beaucoup auraient choisi de garder la vie sauve. Merci Marie !

  2. Merci pour le beau portrait d’un jeune homme, qui a payé de sa vie la protection des opprimés. Il fait partie d’un des 3 958 Justes parmi les Nations reconnus à ce jour en France. Dans la trentaine de biographies que j’ai sélectionnée pour mes exposés je lui rends régulièrement hommage ainsi qu’à toute la communauté du Chambon-sur-Lignon.
    Félicitations, Marie, pour votre travail.
    Marie THEULOT

  3. Pour ajouter une autre figure d’adulte refusant d’abandonner les enfants dont elle avait la charge, vous pouvez vous intéresser à Léa Feldblum, qui était à la Maison d’Izieu dans l’Ain. Munie de faux-papiers, elle a dévoilé sa véritable identité pour ne pas abandonner les enfants.

  4. Félicitations Marie pour votre article et on peut se demander : combien sont-ils à ne pas avoir abandonné les enfants, les adolescents qui partaient pour la chambre à gaz ?
    L’histoire de D. Trocmé rejoint celle du pédagogue polonais Janusz Korczak (1878-1942). Du ghetto de Varsovie, il accompagne ses 200 orphelins pour Treblinka. Aucun ne survivra. (A lire : André Schwarz-Bart : Le dernier des Justes, prix Goncourt 1959)

    L’histoire de cet autre grand homme mériterait un article sur notre blog…

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