Auschwitz – Marielle Brendlen

Pour moi la visite du camp d’Auschwitz-Birkenau allait être synonyme d’émotions fortes et de bouleversements, enfin c’est ce que je croyais. Pourtant malgré ce que je pensais et bien contrairement aux idées que je m’étais faites, je ne ressentis pas d’émotion particulière. Je savais bien évidemment ce qui m’attendait lors de cette visite. Peut-être que mon calme n’était rien d’autre que ma réaction face à de telles choses. Mais je ne pus néanmoins m’empêcher de me poser certaines questions : était-ce normal de ne rien ressentir et d’être calme?

Je me fis une réflexion qui  me permis de me dire les choses suivantes.  Pour moi, le grand nombre de personnes, a été quelque chose qui m’a réellement empêché  de pouvoir apprécier la visite. A plusieurs reprises lors de la visite de différentes expositions, dans les anciens bâtiments concentrationnaires du camp d’Auschwitz, nous n’avons pas pu avoir le temps de regarder et de s’imprégner de l’ambiance et des choses que nous expliquait le guide. Un grand flux de personnes circulait, et je ne peux toujours pas m’empêcher de me dire que, plus que la visite d’un camp, j’ai eu l’impression de faire la visite d’une attraction.
Ce que je veux dire par là, c’est qu’il est impossible à mes yeux, de visiter un camp sans pouvoir être seule avec soi-même et réfléchir. Il m’a été dit que les guides nous ont remerciés d’avoir été dignes. Or j’ai vu beaucoup trop de personnes , qui  ne semblaient même pas s’intéresser à cette visite et qui semblaient en attendre la fin. Et j’ai vu et entendu beaucoup trop de personnes qui ont été « déçues » par cette visite car ces personnes pensaient avoir des émotions fortes. Je me demande alors pourquoi ces gens ont visité ce camp et à quoi elles s’attendaient.
C’est pourquoi j’ai plus eu l’impression de visiter une attraction qu’un camp. Si maintenant on me demandait de conseiller ou non la visite d’un camp à quelqu’un, je ne saurais pas répondre. Je ne saurais pas dire si « oui, la visite d’un camp est nécessaire pour pouvoir prendre pleinement conscience de ce qui c’est passé » ou « non,celle-ci n’est pas nécessaire ». Je n’ai visité qu’un camp, il me faudrait en visiter d’autres pour « pouvoir conseiller ou non »  quelqu’un. Je ne peux pas me forger un avis juste en me basant sur une seule expérience. Et il est fort probable que la visite d’un autre lieu de souffrance sera totalement différent pour moi. Et c’est seulement à ce moment là que je pourrai dire « oui » ou « non ».
Je vais donc raconter ma visite dans le camp et ce qui m’a marqué.
Tout d’abord, il faut savoir que la visite se déroule en deux temps. Dans un premier temps, nous visitons le camp d’Auschwitz et dans un deuxième temps, le camp de Birkenau. Il est surprenant qu’actuellement le camp d’Auschwitz soit situé en pleine ville alors qu’à l’époque, ce n’était pas le cas. On ne s’y attendait pas. Lorsque nous débutons la visite, passer sous l’insigne «Arbeit Macht Frei» est impressionnant. On peut se remémorer les films, livres qui le représente, mais voir cela en vrai est toujours plus impressionnant. Nous portons tous des casques audio; lorsque le guide parle nous avons le son de ses paroles dans les oreilles. Ce système permet d’être comme dans une sorte de bulle avec celui-ci. Mais la présence de beaucoup de monde et le fait que nous étions parfois très serrés, rendaient la visite quelque peu impersonnelle.
A partir de ce moment-là, il me fut difficile d’être plongée pleinement dans la visite. Les anciens bâtiments servent à présent de lieux d’expositions. On peut voir sous verre les affaires des déportés, comme des milliers de chaussures, de lunettes, des tonnes de cheveux de femmes. Ces objets représentent les personnes qui sont passées par les camps.
Il faut savoir que Birkenau est environ quatre fois plus grand qu’Auschwitz. Lorsque l’on rentre, une grande étendue de bâtiments d’un côté et de ruines de l’autre côté nous font face. Nous avons toujours le même guide,  mais nous ne portons plus de casque. Comme l’espace est plus grand, nous sommes moins serrés et il est plus aisé de se déplacer. Le guide nous emmène d’abord vers des baraques en bois et nous explique qu’elles étaient des baraques de travailleurs. Il ajoute qu’à la base ces baraques servaient à abriter des chevaux pour l’armée polonaise. Jusqu’à 52 chevaux pouvaient entrer dans un bâtiment. Mais bien plus de déportés ont été entassés à l’intérieur. La suite de la visite est assez particulière puisque l’on suit les rails qui étaient à l’époque empruntés par les convois de déportés. Plus l’on progresse dans le camp, plus l’on se rend compte de l’ampleur de la machine à anéantir qu’était le camp de Birkenau . Il ne reste pourtant que des ruines et des vestiges des chambres à gaz  et des fours crématoires. En se servant des souvenirs et des connaissances que l’on a acquis avec différents films, livres, témoignages, il est possible de reconstituer une esquisse de ce qu’était le camp d’Auschwitz-Birkenau. Mais ce qu’il faut se dire, c’est que cette esquisse est encore bien loin de ce qu’était la réalité des camps.

Marielle Brendlen

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