Evidences – ou ce que c’est qu’un « mensh » – Catherine Girbig

Evidences. Je crois que c’est le mot que l’on utilise en anglais pour preuves. Est- ce que l’on vient chercher à Auschwitz ? Des signes tangibles de l’impensable ?

Je ne sais pas.

Peut-être que je sais encore moins qu’avant.

Nous allons beaucoup parler de nous. Je me suis dit cela en rentrant. Les élèves vont écrire, nous allons écrire, il y avait ce besoin d’échanger nos impressions- dès le bus- en rentrant à Cracovie, les inquiétudes des uns – est-ce que c’est normal que….- et je me suis dit : nous allons sûrement beaucoup parler de nous. Plus encore que d’eux, que de Vous. Vous, ce cortège inimaginable d’ombres, parties en fumées, les marqués du sceau de l’étoile, partis dans les étoiles, et retombés dans cette terre coincée entre une petite bourgade et des rangées de bouleaux : die Birken-au.

J’ai souvent pleuré en lisant des livres traitant de la Shoah. La poésie de Paul Celan me terrasse. J’ai été bouleversée à Jad Vaschem. J’ai tremblé lors de ma première visite d’un camp de concentration en Pologne, le Stutthof, tout au nord, près de la Baltique, devant ces quelques baraques en bois plongées dans un brouillard permanent.

Comme eux, mes élèves, je me demandais, et maintenant, à Auschwitz, comment vais-je réagir ? Vais-je trembler, vaciller, pleurer, être submergée par le lieu et les quelques traces du massacre sans commune mesure ? et puis je me disais- mais ce n’est pas la question.

Je ne sais pas comment cela fait de venir à Auschwitz seul. Là, j’y étais avec eux, mes élèves, et des collègues devenus des amis ou en passe de le devenir. Rassurée par la chaleur qui émane d’un groupe que l’on aime pour sa vivacité et son intelligence, et en qui on a confiance. Mais inquiète tout de même, ces derniers temps la question me hantait, pourquoi les emmener là (alors que l´idée me semblait évidente jusque-là), n’avons-nous pas fait assez, faut-il encore les plonger dans cette ambiance de mort, ne faudrait-il pas plutôt les aider à aller vers plus de vie? Qu’allons-nous chercher là d’où rien de bon ne peut sortir, pour paraphraser Ruth Klüger ?

Je ne sais pas comment j’aurais vécu cette visite seule, ou à 17 ans, ou juste avant d’être mère.

Schwarze Milch der Frühe

Ce qui est sûr : je suis heureuse d’avoir fait cette visite avec ces gens là- mes élèves, mes collègues-, et avec ce guide- là. Wojciech. Sa voix- une médiation humaine, très humaine, pour nous faire entrevoir ce qui s’est passé là.

Wojciech, notre guide, d’abord dans le Stammlager d’Auschwitz I, puis sur la plaine ravagée d’absences de Birkenau, derrière cette porte sinistrement célèbre qui débouche sur un gouffre. Wojciech,  grand, blond et pâle, décharné, un visage beau et très doux, un Polonais type, j’ai pensé à Chopin. Des yeux tristes et bons, mélancoliques, un mensh  (le mot yidish qui reprend l’allemand « der Mensch » et désigne un humain plein d’humanité, une bonne âme) toujours préoccupé du bien être des autres. Il s’excusait, souvent, sans exagération, et se préoccupait de nous, que nous ne butions pas sur une aspérité, que nous soyons attentifs à ce qui nous entourait, que nous excusions la crudité des mots, alors qu’il parlait toujours comme sur la pointe des pieds. Sa voix qui prenait tellement de gants pour rendre audible l’insupportable. Dein goldenes Haar Margarete, dein aschenes Haar Sulamith. D’après les jeunes de l’autre groupe, l’autre guide, une femme, était du même acabit. De l’humain en antidote contre ce trou noir de l’humanité.

Sa voix nous a accompagnés, tous, chacun, tout au long de ces deux fois trois heures de visite. Auschwitz I le matin, le Stammlager, le musée d’une horreur organisée, étiquetée, des valises, des dents, des jambes de bois et ces petits maillots, une horreur en vitrine, rangée dans de petites maisons de briques rouges, et puis l’après-midi, Birkenau et son immense plaine ourlée de bouleaux, de silence et du vide laissé par tout ce qui s’y est passé. Wir schaufeln ein Grab in den Wolken da liegt man nicht eng.

Sa voix dans nos oreilles. Le système de l’audioguide vivant m’a paru être exactement ce qu’il fallait. Chacun pouvait à la fois rester dans sa bulle et suivre la voix du guide égrenant les événements.

Par où s’échappe l’émotion ?  Où est le siège du souffle, de la compassion ?

Comment est- ce que je fais pour respirer, habituellement ?

Ce sont les questions que je ne me posais pas du tout, mais je sais qu’assez rapidement, j’ai eu du mal à respirer. Je ne suis pas claustrophobe. Beaucoup d’élèves ont ressenti quelque chose d’assez similaire. On attend ce que l’on voit. Je savais la vitrine des valises, des cheveux, des prothèses. Je savais aussi les petits habits de tout-petits enfants. On passe d’une pièce à l’autre. Des cartes. Des textes. Des choses. Des traces. Des cellules.

Dein goldenes Haar Margarete, dein aschenes Haar Sulamith.

Je savais aussi mais je ne m´attendais pas à croiser sur une grande photographie un regard de femme, noir, une femme dont les cheveux noirs étaient couverts d’un foulard noir, une femme brune et d’âge incertain- mais à quoi ressemble-t-on après des années de ghettos et des jours dans ces trains-là ??-, portant un tout petit enfant, sur la rampe de sélection de Birkenau.

Il faut dire que maintenant je suis mère et là, ce qui pesait sur mon thorax a laissé la place à quelque chose de terrassant, lorsque j’ai croisé ce regard pris par le photographe, ce regard de mère avec un bébé dans les bras, juste avant le moment de la sélection. Je sais que là, en croisant ce regard-là, quelque chose enfoui en moi s´est frayé un chemin jusqu’à la gorge.

Croiser ce visage et imaginer ce que cela a pu être pour un parent d’arriver là, au terme d’un voyage qui n’en mérite pas le nom, et de se dire- il faut que je rassure mon bébé, il faut que je lui tienne chaud, ou que je l’évente, que je le fasse un peu rire – Ainsi font-font-font…- ou que je lui trouve à boire, et puis faire la queue et ne pas savoir ce que veut dire cette main qui indique la droite ou la gauche et qui décide, par ennui, idéologie ou par habitude, de ta vie et de celle de ton enfant, et ce cortège d’inconnus devant, derrière, et tout autour.

Se taire et dans le silence d’un cœur suspendu, accroché à pas grand-chose, mais un cœur en vie devant toute cette mort, imaginer le centième de ce qu’ont pu vivre ces pères, ces mères, séparé(es) de leur enfant ou les tenant tout contre leur cœur, à essayer de les calmer – surtout ne pas s’attirer la foudre des chiens qui en déchiquetaient d’autres pour moins que cela-, surtout éviter une balle, faire bonne impression, au moins calme, ne pas leur donner ma terreur, ne pas leur faire ce plaisir-là- et avoir un enfant avec soi, un tout petit que l’on a mis au monde pour l’aimer, le chatouiller, le rassurer, le nourrir, l’élever, lui faire aimer Beethoven ou Chopin, Kafka ou Heine, le foot ou le cinéma. Oui, plus encore que ce qui se brise en nous en voyant ces photographies de tout petits enfants qui n’auront jamais eu ni l’école ni Beethoven ni Heine ni le cinéma ni l´adolescence ni le foot ni le temps de se questionner sur leur avenir, et même pas le plaisir de jouer dans un parc, interdit aux Juifs, imaginer cela- être arrivé en enfer et devoir le faire traverser à son enfant.

Que leur avez-vous dit ?

Vous comprenez, moi, Yaël, Naomi, mes deux toutes petites filles, quand elles pleurent, qu’elles font un cauchemar, quand elles sont fiévreuses, ont des douleurs sans mots à mettre dessus, des fois je me sens désarmée pour les rassurer, mais que dit-on à son enfant dans un train qui vous embarque manifestement pour vous faire du mal puisque serrés comme des anchois contre d´autres étoiles d’infortune, vous n’avez ni à boire ni à manger ni de quoi vous soulager, et ce pendant des jours-mais que leur avez-vous dit ???

Alors vous comprenez, les tonnes de cheveux, les prothèses des personnes handicapées, les dentiers, les valises, tout cela peut ou non nous terrasser, mais pour ma part, j’ai croisé un regard et cela me suffit. Les six millions, même là où périrent sans doute plus d’un million de personnes, c’est au-delà de ce que je peux me représenter, comme les courbures de l’espace-temps. Les chambres à gaz, les crématoriums et leur exceptionnel rendement, même en en voyant les ruines, pareil, c’est de l’ordre du trou noir.

Ce sont les visages qui nous parlent.

Les photographies. Ces murs remplis de visages.

Exposés, les uns, photographiés comme des criminels: de face et puis les deux profils. Les détenus polonais ou internationaux- Auschwitz, infernal Babel, il faut s’imaginer le nombre de nationalités, le melting pot sans jeu de mot cynique- les Juifs, les Tsiganes- dont l’assassinat a été suivi d’un terrible silence dans le camp de Birkenau, car leur baraque voisinait la rampe et les autres détenus les entendaient chanter le soir, avant qu’on les gaze tous- toutes ces photographies- malgré la beauté, la lumière de tous ces visages, oui, là, après l’insondable tristesse d’imaginer un centième de ce qu’ont pu vivre les parents, j’ai été envahie de colère.

Parce qu´au-delà des photos de détenus – ceux destinés à rester travailler dans le camp, il y a d´autres murs, ceux de Birkenau, murs mangés par ces photographies personnelles trouvées dans les sacs de tous ces gens envoyés en fumée vers les nuages impassibles.

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D’abord, qui nous donne le droit de regarder ces visages ? Quelle impudeur, plonger dans ces intimités, des photos que l’on a sur soi, dans son portefeuille, les plus précieuses, celles que l’on emmène vers Pitchipoï avec le concentré d’indispensable, quelque chose qui nous fait toujours du bien ou nous réchauffe, on les montre éventuellement et normalement à la pause café à un collègue de bureau, « regarde, c’est Ottla, ma plus jeune sœur, elle adore le piano, elle est belle non ? » – « tiens, regarde, c’est Anschel, mon petit dernier, regarde comme il est potelé ! » – mais prévoir qu’un jour, cette photo que l’on pourrait aussi se coudre sur le cœur tellement on y tient,  on en sera dépouillé ainsi que de tout ce qui nous accompagne dans notre vie de mensh, et puis après notre envol en cendres, elle sera récupérée, épinglée, alignée avec des milliers d´autres, reconnus ou à jamais anonymes- les sélectionnés, on ne prenait pas le temps de les enregistrer, il faut comprendre qu’en plus de les exterminer les Nazis voulaient effacer le souvenir même de leur nom- et livrée aux regards curieux, ennuyés, blasés, surpris de millions d´anonymes qui viennent chercher je ne sais quoi ici.

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Des visages. Le souvenir d´un amour vivifiant. Un fiancé, une fille, une mère, un jardin. Ce qui fait une vie.

Une trace de lumière pour ces étoiles qui nous filent à jamais entre les doigts. Un ultime signal de votre passage sur  terre.

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Et en même temps, heureusement qu’elles sont là, ces photographies. Chaque visage pris dans sa lumière est une rencontre qui s’échappe, se libère, une rencontre avec une histoire possible, des rêves, des erreurs, des envies, un élan de jeune ou moins jeune mensh tué comme un oiseau en plein vol.

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L’horreur de cela. Toute cette perte humaine, tous ces gens qui seraient devenus plombiers ou scientifiques, coiffeuses ou tailleurs pour dame, biologiste ou clarinettiste, infirmière ou professeur d’histoire, maire ou rabbin, cabarettiste, violoncelliste, documentaliste, employé de banque, couturière ou chiffonnier, ou rien, ou même un raté, une menteuse, juste un être à aimer, à jalouser, à croiser, à surprendre. Toute cette perte humaine, et pourtant, le diable sait combien les Nazis ont recyclé toutes ces vies, les cheveux pour des sacs, les dents pour l’or, je ne sais quoi pour du savon, ce cauchemar, imaginer avec Wolfgang Hildesheimer des lampes en peau humaine, imaginer des appartements spoliés remplis de choses fabriquées à partir de leurs restes, il faut se taire, rien ne bon ne sort d’Auschwitz. Pardonnez-moi.

On voudrait tellement, en plongeant nos yeux dans vos visages dont le nom s´est envolé, mais pas la lumière, vous donner au moins l´écho d´un réconfort, quelque chose comme une main amie qui vous aurait  accompagnés là où personne ne devrait jamais aller.

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Nos filles sont brunes et l’on parle un peu fort, et l’humour et l’amour sont nos trésors – Ces vers tout bêtes,  joyeux et tendres, issus d´une vieille chanson de Jean Jacques Goldmann, se surimposaient parfois sur la Todesfuge de Celan et me trottaient dans la tête alors que je me perdais dans le vertige de vos photos, vous les belles brunes, les sourires lumineux, les enfants un peu gauches, les mamans superbes, les mamies un peu tristes, les yeux mélancoliques ou espiègles, les couples amoureux, étonnés, les vieux, les jeunes premiers, les cheveux gominés, angoissés déjà ou pas selon la date de la prise, mais beaux, on se faisait beau à l´époque pour aller chez le photographe, et tout cela pour finir ici, dans une baraque dont le sol d’époque est protégé par une plaque transparente, sur une plaine de Silésie balayée par le vent, gardée par les bouleaux et les oiseaux, seuls signes de vie avec le petit chat qui chassait entre les herbes des ruines de la chambre à gaz numéro 4, juste avant les autres photos prises en cachette celles- là par un détenu du commando Canada, de ceux et celles qui se déshabillèrent à la hâte dehors, dans le froid d´une aube glacée, et même dans la sécheresse d´un été implacable comment ne pas avoir l´âme gelée à imaginer cette humiliation, cette violence-là, se dévetir entre les chiens pour pénétrer dans la seule chambre à gaz non souterraine car plus loin des baraquements, lorsqu’on ne prenait même plus le temps de leur faire croire qu’ils allaient se doucher et être désinfectés,-

la syntaxe n´a plus de sens, on ne contrôle plus tellement ce qui se dit en nous quand on tombe dans le vertige d´imaginer un millième de ce qui vous est arrivé-

Se déshabiller dehors, sous les cris les aboiements des chiens, et penser là encore- seul, déjà, quelle horreur, mais tout cela avec une enfant ou un vieux parent ou juste une voisine avec qui on aura un peu sympathisé dans l´horrible train,  –

Avoir été tout cela, un mensh, à Breslau ou Cologne, Ratisbonne, Paris, Cluny ou Vilnius, Prague ou Budapest, et puis se retrouver nu devant d´autres nus et se faire envoyer à la mort ou à un simulacre de vie pour servir les bourreaux, –

Plus je m’approche de ce trou noir, plus je m’éloigne du centre.

Maintenant, je sais un peu mieux pourquoi nous avons lancé ce projet Matricule, et je suis heureuse que nous l´ayons mené à bout. Heureuse d’avoir rencontré des hommes et des femmes, des survivants, enfants de victimes ou de survivants, de justes ou résistants. Heureuse d’avoir tant de visages et de noms en tête, la trace tangible de toutes ces vies qui ont surmonté ou pas la mort programmée et instaurée en industrie. Heureuse d’avoir traversé cela avec des jeunes de cette qualité-là- car pour être conscients de rester encore au bord de cet abîme,  il faut avoir cette intelligence du cœur qui est le meilleur garant contre les barbaries.

Les jeunes Israéliens, vêtus de blancs et d’une étoile de David bleue sur le dos, chantaient dans Birkenau. En 2010, j’ai visité Jad Vaschem – mémorial et nom– et je crois que je comprends la signification du lieu Auschwitz pour eux, encore plus que pour nous. Leur simple présence est un pied de nez aux Nazis, et je sais que beaucoup de gens ne supportent pas que l’on associe toujours cet état et son existence à cette déchirure dans l’histoire d’un peuple qu´on a voulu anéantir. Pour ma part, je comprends qu’ils viennent là et je comprends aussi qu’ils chantent.

Mais rien ne peut nous mettre à l’aise, ni d’accord, rien ne console,  dans le trou noir de ce lieu qui est comme un non lieu.

Rien si ce n´est la certitude d´être humains, et en vie, et en tant que tels en mesure de lutter pour la préservation à tout prix de notre humanité, ici et là-bas et maintenant et encore après, tant que nous tenons debout.

Ce que c’est qu’un homme, un mensh.

Sklaverei ertrag ich nicht
Ich bin immer ich
Will mich irgendetwas beugen,
lieber breche ich.[1]

Lutter chaque jour pour devenir un peu un mensh, nous leur devons bien cela.

Ne pas plier. Ne pas laisser l’impunité régner. Ce sont non seulement de bons aryens mais aussi de bons chrétiens- que personne n’a excommuniés autant que je sache- qui ont fait cela, et si les motifs religieux n’étaient évidemment pas décisifs, excusez-moi, mais ne l’oublions pas, à part de courageux pasteurs et évêques ou prêtres ou de courageux catholiques et protestants isolés, il n’y a pas eu à l’époque de condamnation massive par l´Eglise de ce massacre d’un peuple entier associé à sa religion, ni de mea culpa – alors un peu d’humilité est de rigueur, pensons-y mes frères lorsque certains amalgament Musulman et terroriste, ou Arabe et fondamentaliste, ou condamnent tous les Juifs pour ce que certains Israéliens font subir à des Palestiniens, pensons-y. Et tous ces bons WASP qui ont au moins supporté des années de ségretations, et les « Strange Fruits » que chantent Billie Holiday et Nina Simone. Chaque être est à respecter absolument et nul ne peut être réduit à ce que fait un groupe de gens auxquels une de ses multiples facettes le rattache, sauf s’il le cautionne explicitement. Nous ne pouvons être tenus responsables que de nos propres actes. C’est bête mais c’est quelque chose.

Ne pas se courber devant la peur ou ce que l’on veut nous faire croire. Comprendre ce que c’est que condamner quelqu’un à l’apatridie, Heimatlos, les penseurs, les poètes, les plombiers, on s’en fout de votre parcours, vous êtes les indésirables, pensons-y lorsqu’ils affluent vers nos rivages et que nous les renvoyons, ceux qui ont déjà survécu à une mort, à une terreur. Ce que c’est que de laisser des gens se faire tuer sans leur porter secours. La responsabilité que cela implique.

Plutôt se briser que plier, pensons-y, ce que c´est que parquer des humains derrière des barbelés, mais des camps il y en a encore, et des nouveaux, et pas si loin de nous, et y végètent aussi des enfants, ne l’oublions pas.

Pensons-y lorsqu’un stéréotype malgré nous nous empoigne, et toute cette haine, « sale Arabe », « sale Youpin », « sale manouche », « sale pédé »,  » sale Nègre ».

Pensons-y. Au bout de ces pensées mortifères, il y a la rampe d’Auschwitz, des enfants que l’on supprime avant même qu’ils aient ouvert leurs ailes, au bout il y a la mort, Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts, la mort toujours recommencée, et le gaz, et les cendres. Les Strange Fruits de Billie Holiday et Nina Simone.

Et il y en a à qui cela ne suffit pas.

Je crois que ça suffit, la mort.

Restons vigilants, libres et en colère.

Catherine Girbig

[1] Ich, poème de Ingeborg Bachmann de 1943. Les autres vers disséminés dans le texte sont issus du poème die Todesfuge de Paul Celan, poète juif germanophone originaire de Cernowitz et dont la mère a péri à Auschwitz. Paul Celan a vécu à Paris, et s´est suicidé au début des années soixante en se jetant dans la Seine depuis le Pont Mirabeau…

10 réflexions sur « Evidences – ou ce que c’est qu’un « mensh » – Catherine Girbig »

  1. désolée pour ma note de bas de page approximative, j´ai écrit de mémoire que Paul Celan s´était donné la mort au début des années 60, mais en fait c´est en 1970.

  2. Sehr geehrte Frau Girbig, hiermit möchte ich Ihnen und Ihrer Schule zu dem Projekt matricule 35494 meine Annerkennung ausdrücken. Ich habe selten solch eine ausführliche und tolle Projektarbeit einer Schule gesehen. Herzliche Grüße aus Erkelenz Hubert Rütten (Heimatverein der Erkelenzer Lande / Route gegen das Vergessen)

    1. Vielen Dank, Herr Rütten, nicht nur für den netten Kommentar, sondern vor allem für die spannende Führung durch Erkelenz. Unsere Schüler waren zutiefst angetan. Wir werden dem Rest unserer Gruppe ( die nicht in Erkelenz war) darüber referieren. Danke auch, wenn Sie uns weiterlesen und empfehlen!

  3. Superbe, magnifique, beau, touchant,… Je ne tarirai pas d’éloges pour ce texte !
    Une plume parfaite pour nous rappeler que nous sommes souvent bien trop loin des vrais sujets et d’une réalité qui n’est pas toujours si évidente.

  4. Très beau texte. Très beau et très juste.

    ÜBER DIE KÖPFE hinweg-
    gewuchtet das Zeichen,
    traumstark entbrannt
    am Ort, den es nannte.

    Jetzt:
    mit dem Sandblatt winken,
    bis der Himmel
    raucht.

    PAUL CELAN

  5. Je ne te remercierai jamais assez d’avoir aussi bien accompagné ce projet, « notre » projet et de nous donner à lire d’aussi beaux textes.
    Oui, un grand merci !

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