Pétain : Le héros de Verdun ou l’homme qui a trahi la France – Cédric Douard

image03Il y a cent ans, jour pour jour, se déroulait la plus emblématique bataille de la Première Guerre mondiale, la bataille de Verdun… Une grande boucherie qui coûta la vie à plus trois cent mille hommes et vit l’explosion de cinquante-trois millions d’obus sur une période de neuf mois et trois semaines pour terminer sur une glorieuse mais coûteuse victoire française. Une victoire marquée de la main de héros qui se sont battus pour la France. Parmi ces héros, on peut noter un certain Philippe Pétain, un commandant de soixante ans qui se forge une réputation légendaire auprès des Français après cette glorieuse victoire.

Pourtant, vingt-quatre ans plus tard, il trahira la République, collaborera avec ceux qu’il avait vaincus jadis et il sera responsable du massacre d’une partie des Juifs vivant sur le territoire français…

Pétain le héros de Verdun ?

Au début de la Première Guerre mondiale, Pétain est alors commandant dans l’armée française et il se distingue une première fois pendant la bataille de la Marne ; c’est pourquoi il sera appelé le 25 février 1916 à Verdun avec huit autres commandants pour contrer l’offensive lancée par les Allemands. Philippe Pétain dirige alors la deuxième armée : il fait preuve d’un charisme et d’un sens de l’organisation qui le distinguent. En effet, il organise l’approvisionnement des troupes en aménageant la voie sacrée où circulent tous les jours des centaines de camions chargés de nourriture et d’armement. Mais la célébrité et la gloire sourient à Pétain lorsque les premiers journalistes sont autorisés à se rendre sur le front puisqu’ils font du commandant une véritable arme de propagande : il est présenté comme un homme avec des immenses talents militaires et ils lui donnent le surnom du héros de Verdun. C’est à partir de ce moment que la notoriété et l’influence du militaire grandit ; mais Pétain est aussi proche de ses soldats et il cherche à limiter les effusions de sang (contrairement à certain autres généraux). C’est d’ailleurs à cause de cela qu’il sera remplacé le 1er mai 1916 : jugé trop peu offensif, il sera nommé Chef des armées du centre quelques mois avant la fin de la bataille. Pétain sera encore responsable d’autres faits d’armes pendant la Grande Guerre mais il restera célèbre pendant l’entre-deux guerres pour avoir mené les Français à la victoire lors de la bataille de Verdun.

Pétain dans l’entre-deux guerres, une ascension militaire et politique

Après l’armistice Franco-Allemande, Pétain est élevé au grade suprême de Maréchal le 21 novembre 1918, la plus haute distinction militaire française. Alors âgé de 63 ans, il continue de servir dans l’armée et commandera même une expédition française lors de la guerre du Rif (contre une république naissante au nord du Maroc) aux côtés des Espagnols en 1926 ; les deux belligérants seront d’ailleurs accusés d’avoir utilisé des gaz nocifs contre des douars peuplés de civils. En 1929, il devient membre de l’Académie Française et s’oppose à la construction de la ligne Maginot. Pétain finit même par devenir ministre de la Guerre en 1934 et plus tard en 1939 ambassadeur de France en Espagne Franquiste. Pétain est donc en Espagne lorsque la drôle de guerre éclate : il refuse l’appel de l’État dans un premier temps mais finit par céder le 19 mars 1940 face à l’avancée des Allemands. Il est alors nommé vice-président du Conseil, ce qui lui donne une influence importante au sein du gouvernement. Tout finit par basculer à partir du 14 juin 1940 lorsque les Allemands rentrent dans Paris : Pétain, alors réfugié à Bordeaux avec les autres membres du gouvernement, se veut leader d’un armistice rapide avec les Allemands.

Pétain, chef de l’état français et organisateur de la Révolution Nationale

L’armistice est signé le 22 juin 1940 entre le Reich allemand et les représentants du tout nouveau gouvernement Pétain. Les conditions des Allemands sont extrêmement lourdes pour la France. Le but est alors pour Hitler d’empêcher la France de se relever d’une telle défaite et de lui infliger une terrible humiliation. La reddition française sera signée dans le même wagon où les Allemands avaient eux-mêmes accepté la défaite vingt-deux ans plus tôt… Le terme le plus difficile à accepter est la coupure en deux du territoire, une partie dite  »zone occupée » au nord qui sera sous administration allemande et une partie sud dite  »zone libre » qui sera dirigée par le Maréchal Pétain depuis Vichy, la nouvelle capitale de la France.

image05

Pétain, en mettant fin à la République et à l’existence de l’Assemblée nationale, règne en maître sur la zone libre française et met en place la  »Révolution Nationale » basée sur trois principes : travail, famille et patrie. Ces trois points occupent une place particulière car ils sont doublés d’une intense propagande presque inégalée à travers les différents régimes totalitaires européens, une propagande centrée sur celui que l’on continue d’appeler  » le Héros de Verdun ». La propagande a aussi comme objectif de changer les codes profonds de la France, adoptés pour la plupart depuis la Révolution de 1789, comme la Marseillaise qui est remplacée par  »Maréchal, nous voilà!  », le drapeau sur le lequel est ajoutée la Francisque -nouveau symbole utilisé par le régime de Vichy- ou encore l’institution d’une école qui a désormais pour but d’enseigner aux enfants les nouvelles valeurs du régime de Vichy. Une intense propagande est aussi permise grâce à la censure des radios et de la presse qui sont désormais totalement contrôlées par le régime ; les médias sont ainsi, dès 1940, une arme fantastique de propagande pour le Maréchal Pétain.

image04

En plus d’un culte de sa propre personnalité, Pétain orchestre aussi celui des grands personnages historiques militaires comme Vercingétorix, Charles Martel ou encore Jeanne d’Arc qui ont, dans l’imaginaire collectif, sauvé la France. Pétain met encore un point d’honneur à faire en sorte que les anciens combattants aient le droit à de spectaculaires hommages et à quelques avantages économiques, tout cela dans le but de les aider à admettre la défaite contre les ennemis d’hier.

Le régime de Vichy et la voie la collaboration

Le 24 octobre 1940, le Maréchal Pétain rencontre Hitler lors de l’entrevue de Montoire et c’est là que la France rentre véritablement dans la voie de la collaboration avec l’Allemagne. Pétain dira alors :  »C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité de la France (une unité de dix siècles) que je rentre aujourd’hui dans la voie de la collaboration. »

 

image07Entrevue de Montoire

Suite à cela, la France voit se manifester sur son territoire de nombreux groupes dits  »collaborationnistes » souvent issus de l’extrême droite, proche idéologiquement du nazisme qui sont en accord avec la politique menée par le chef de l’État français. Mieux encore, certains de ces collaborationnistes n’hésitent pas à s’engager dans l’armée allemande pour aller se battre contre l’URSS, pour le compte des Nazis. Face aux groupes collaborationnistes, naissent  également des groupes résistants qui refusent d’admettre la défaite contre l’Allemagne (ce sont au début surtout des communistes qui s’opposent directement au régime et à l’idéologie pétainiste). Pour lutter contre cette farouche résistance, Pétain met en place un système répressif visant à mater les groupes résistants. Pour régler le problème, le régime crée en août 1941 la  »Section  spéciale » qui s’occupe de rechercher et de découvrir les différents réseaux communistes, anarchistes et autres opposants politiques. La Section Spéciale est aussi un avant-goût de la  »Milice Française » qui ne sera créée officiellement qu’en janvier 1943 ; sa mission est similaire, à la différence qu’elle travaille en étroite collaboration avec la SIPO-SD et qu’elle se charge aussi de faire la chasse aux Juifs.

Pétain le roi du double jeu ?

Dans un premier temps, beaucoup de Français font confiance à Pétain car ils restent persuadés que le maréchal mène un double jeu et attend juste l’occasion de voir tourner le vent pour les Allemands et de rejoindre le camp des alliés. Mais, lorsqu’en novembre 1942 les alliés débarquent en Afrique du Nord, Hitler décide de faire envahir la zone sud en forme de représailles ; les Français s’attendent alors à un revirement de situation de la part du maréchal qui est toujours le chef de l’armée Vichyste notamment dans les colonies… Mais ce dernier ordonnera finalement à ses troupes d’attaquer les alliés dans les territoires qu’ils occupent en Afrique du Nord : cette action va faire perdre à Pétain beaucoup de sa popularité dans le cœur des Français car beaucoup de proches collaborateurs du maréchal sont passés dans le camp allié suite à cet événement. C’est le cas des principaux amiraux de la marine française qui font saborder une grande partie de la flotte pour éviter sa capture par les Allemands.

image06Sabordage de la flotte française à Toulon en 1942

Cette fin d’année 1942 marque un véritable tournant pour Pétain qui n’est désormais plus populaire chez les Français puisqu’il ne dirige presque plus rien depuis que l’Allemagne administre totalement la zone sud et que les alliés et la France Libre occupent les colonies.

Les Juifs victimes de Vichy ?

Dès 1940, les premières mesures anti-juives se mettent en place contre les 370 000 juifs vivant en Afrique du Nord et les 330 000 vivant en France métropolitaine (dont la moitié sont des étrangers ayant fui l’Allemagne nazie). Les mesures d’exclusion sont appliquées de la même manière dans la zone nord que dans la zone sud, même si dans la zone libre la condition des Juifs se dégrade progressivement. Les premières mesures touchent les Juifs d’Algérie qui perdent pour la plupart leur nationalité française ; puis, à partir de février 1941, 40 000 juifs étrangers sont enfermés dans des camps en France comme Gurs ou Rivesaltes. En juin 1941, on limite le nombre de Juifs dans les professions administratives et libérales. Évidemment, leur présence n’est pas autorisée dans certains lieux publics et ils doivent obligatoirement être recensés et porter  »l’étoile jaune ».

image01

L’ensemble de ces lois débouchent finalement sur la déportation de 76 000 juifs français sur l’ensemble de la période de la Seconde Guerre Mondiale : seulement 2 500 survivront, un chiffre énorme mais qui aurait aussi être beaucoup plus important si une partie de la population n’avait pas était aussi bienveillante vis à vis des Juifs au péril de leur propre vie, notamment les clergés catholique et protestant qui s’émeuvent devant cette situation catastrophique mais également des personnalités anonymes qui n’ont jamais hésité à sauver une ou des personnes quand l’occasion se présentait.

La fin d’un cauchemar pour la France

À la fin de l’année 1943, le maréchal comprend que le sort de l’Axe est scellé. Il tente donc de se rapprocher des alliés dans l’espoir de représenter la France après la libération. Les autorités allemandes apprennent ce changement de camp du maréchal qui se retranche désormais à Vichy avec les derniers représentants de son régime. Les Nazis réclament sont emprisonnement sans condition : en cas de refus ils feront intervenir l’armée et bombarder la ville. Le maréchal finit par céder et passe le reste de la guerre en Allemagne. Puis en avril 1945, il profite de la débâcle allemande pour passer en Suisse où il est remis aux autorités françaises.

image00Pétain lors de son procès

Le 23 juillet 1945 s’ouvre l’un des procès les plus complexes que la justice française ait connu. Le crime de Pétain est suffisamment important pour qu’il soit condamné à mort, mais il sera gracié de cette peine à cause de son grand âge et grâce aux services rendus pendant la Première Guerre mondiale. Philippe Pétain sera donc condamné à la prison à perpétué : le héros de Verdun finira par devenir le plus vieux prisonnier du monde avant de s’éteindre le 23 juillet 1951. L’ex maréchal sera enterré deux jours plus tard au cimetière de Port-Joinville.

Conclusion : Pétain, héros de Verdun ou un traître ?

Depuis la mort de Philippe Pétain cette question n’a toujours pas trouvé de réponse et a été l’objet de beaucoup de controverses sous la Cinquième République. Philippe Pétain ne sera pas exclu des commémorations de la Première Guerre mondiale : ainsi, Charles De Gaulle fait déposer pour la première fois sur sa tombe une couronne de fleurs, geste ensuite répété par les présidents Pompidou, Giscard d’Estaing et Mitterrand.

Cette image de héros a aujourd’hui presque totalement disparu des esprits : Pétain est plutôt vu aujourd’hui comme celui qui a trahi la France pour collaborer avec le pire ennemi qui soit. Malgré son âge, il n’a sans doute jamais été manipulé contrairement à ce qu’on pourrait imaginer et il a sûrement toujours été conscient de ses actes. La tombe de l’ex-maréchal fait souvent l’objet de profanations comme en 1973 où des membres d’extrême droite retirent sa dépouille de sa tombe dans le but d’emmener ses restes à l’ossuaire de Douaumont, près de Verdun. La personnalité bipolaire et extrêmement contrastée de Pétain a participé à la création de cette personnalité de l’histoire française et je pense que ce personnage n’a pas fini de faire couler de l’encre…

image02

 

4 réflexions au sujet de « Pétain : Le héros de Verdun ou l’homme qui a trahi la France – Cédric Douard »

  1. Petain n’a pas trahi la France. D’abord il a été élu par la grande majorité des parlementaires uniquement par lâcheté car ils se refusaient de devoir gérer un pays tenu sous le diktat allemand. ils ont préféré fuir, tactique bien connue de nos dirigeants. Si Philippe Petain avait refusé ce commandement de la France aujourd’hui tous ceux qui lui crachent dessus diraient qu’il a abandonné les français à leur sort qui ont du vivre l’occupation sous la direction d’un Gauleiter comme en Pologne.
    De plus si Petain avait voulu vraiment trahir la France il aurait remis toute la flotte francaise aux allemands ou toute du moins il aurait fait collaborer notre flotte à celle des allemands. N’oublions pas qu’à l’époque elle était la 3e flotte du monde apres les anglais et les américains bien que pour ces derniers je n’en suis pas sur pour avant 1944.
    Non les lâches et les hypocrites sont ceux qui ont fait perdre la France en mai. juin 1940.Comme Renaud par exemple qui a osé continuer la politique après guerre. Aurait de culot que nos dirigeants actuels pour diriger un peuple de moutons.

  2. Des tas de gens critiquent Petain en disant qu’il est un traître, mais en contrepartie c’est faux! C’est pourtant simple: Petain a serré la main de Hitler pour qu’il y ait quand meme moins de français morts! I a toujours eu son esprit de patrimoine! Il respecte les gens de son pays et il en sauve des tas avec cette poignée! S’il n’a pas serré la main de Hitler, peut-être qu’aujourd’hui, la France serait toujours pleine de Nazis et peu de francais! Pensez au futur, pas toujours à l’histoire, comme les historiens le font!

  3. Avec le recul , se souvenir de la commémoration de l’armistice le 11 novembre 2015 à Constantine. Il s’agissait d’y voir associée l’a
    Algérie à l’amitié francoallemande. Une sorte de tripartite .

  4. Excellente synthèse Cédric.
    Notons toutefois que De Gaulle (1968- 50e anniversaire de la victoire de 1918), G. Pompidou (1973 : enlèvement de la dépouille de Pétain par l’extrême-droite) et Giscard d’Estaing (1978 : anniversaire de l’armistice) n’ont déposé qu’une seule fois une gerbe sur la tombe de Pétain.

    A contrario, F. Mitterrand en fit déposer une en 1984, en 1986 puis régulièrement à partir de 1987…et il n’arrêta qu’en 1994, suite aux protestations de la communauté juive.

    Il faut attendre la déclaration de J. Chirac en juillet 1995 (anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv) pour que l’Etat reconnaisse enfin ses responsabilités …
    De l’autre côté, l’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain continue à célébrer sa mémoire et demande toujours la révision de son procès de même que la translation du corps à Douaumont. Comme vous l’écrivez, de l’encre continue de couler…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *