[Portrait] Joseph Rotbart – Louise Goujon

Joseph ROTBART naît le 20 août 1922 en Pologne. Ses parents, juifs polonais, se nomment Hudesa Jamer et Chaïm Abram Rotbart et Joseph a trois sœurs (Chaja, Bajla et Fajga). Les parents de Joseph ainsi que Bajla (Berthe) et Chaja (Hélène) seront arrêtés dans la rafle du Vel d’Hiv le 16 juillet 1942 puis déportés à Auschwitz le 22 juillet 1942. Aucun ne reviendra.

On connait peu de choses de la jeunesse de Joseph mais l’on sait qu’il arrive à Paris en 1931 avec sa mère et ses sœurs pour rejoindre son père qui vit au 33 rue de Flandres depuis 1929.

josephJoseph Rotbart[1]

Le 27 septembre 1940, une ordonnance allemande demande le recensement des Juifs de la  zone occupée ; à partir d’octobre, les préfets peuvent assigner à résidence ou interner les étrangers de « race juive ». Obligation leur est faite de faire porter la mention « JUIF » sur leurs papiers d’identité. Ce recensement permettra par la suite de disposer d’une base de noms qui permettra de procéder aux rafles.

Arrêté le 14 mai 1941 lors de la « rafle du billet vert[2] », Joseph est transféré dans le Loiret au camp de Beaune-la-Rolande. Il y est affecté à partir de juillet 1941 à des travaux agricoles ou de défrichement dans une ferme de Sologne. La surveillance y étant sans doute plus lâche, il parvient à s’en échapper le 19 février 1942.

Après un passage par Paris, il vient rejoindre sa sœur Fanny qui vit depuis le printemps 1942 à Cluny avec Jacques Oferman, Annette et Claudine ; intercepté en ville pour défaut de papiers d’identité, il est assigné là à résidence. Pour vivre, il est alors employé dans une ferme, vraisemblablement dans le cadre d’un GTE[3].

Malade, il entre à l’hôpital de Mâcon en janvier 1943 car il souffre des suites de son internement à Beaune-la-Rolande. À Cluny, son beau-frère Jacques vient de se faire déclarer comme Juif à la mairie  et Joseph est aussi déclaré comme Juif par le chef du GTE auquel il a été affecté, alors qu’il est hospitalisé à Mâcon.

Le 20 ou le 21 février 1943 il est arrêté à l’hôpital. En effet, Jacques Oferman  -compagnon de Fanny- a divulgué aux gendarmes le lieu où se trouvait son beau-frère lorsqu’ils viennent le chercher dans leur résidence de Cluny ; Jacques ne pensait pas que ces derniers le diraient aux Allemands[4].

Joseph est d’abord interné  à  Gürs[5] puis à Drancy le 27 février 1943[6].

Il est déporté le 4 mars 1943 dans le convoi n°50 en direction du camp de Majdanek[7].

À partir de ce moment-là, on perd sa trace mais il est certain qu’il ne reviendra pas de sa déportation.

Joseph
Dessin de Louise Goujon

[1] Archives privées, famille Rotbart.
[2]  Le 14 mai 1941, les Juifs étrangers sont convoqués individuellement, pour un  « examen de situation. » Cette convocation est reçue sur un formulaire de couleur verte. Ne pressentant pas le danger, 3 710 hommes sont ainsi internés, dont 3 430 Juifs polonais, 123 Juifs apatrides et 157 Juifs tchèques. Une deuxième grande rafle aura lieu le 20 août 1941 puis une troisième, celle du Vel d’Hiv.
[3] ADSL W109 287- GTE (Groupe de Travailleurs Etrangers). Mis en place par la loi du 27 septembre 1940, leur but était de mettre au travail les immigrés de 18 à 55 ans en « surnombre dans l’économie française. »  Joseph devait être détaché par celui-ci pour travailler au service d’un paysan dans une ferme.
[4] Comme jusqu’ici les malades avaient pu être tenus à l’écart des arrestations, Jacques a sans doute voulu protéger son beau-frère par cette indication.
[5] Le camp de Gürs est situé au centre des Pyrénées-Atlantiques. On y interne d’abord des prisonniers politiques puis des Juifs à parti de 1940.
[6] Le camp de Drancy est situé dans la région parisienne. D’août 1941 à août 1944 on y interne des Juifs avant de les déporter.
[7] Le camp de Majdanek se trouve en Pologne ; c’est un camp de concentration et d’extermination. On estime le nombre de personnes tuées entre 170 000 et 235 000. En novembre 1943, lors de l’opération « Fête des moissons », les nazis massacrèrent 18 000 personnes en une seule journée.

Louise Goujon, seconde
avec l’aimable participation de Karinne Rullière,
historienne et biographe de la famille Oferman-Rotbart

Une réflexion au sujet de « [Portrait] Joseph Rotbart – Louise Goujon »

  1. Merci pour cet article très instructif sur la vie du frère de ma grand-mère Fanny. Bizarrement, elle me parlait peu de lui. Grâce à cette chronologie, j’en sais plus !

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