[Portrait] Annette Oferman – Louise Goujon

Chana -dite Annette- Oferman est née le 21 février 1927 à Pulawy, ville située à côté de Varsovie. Elle est la fille de Jacques Oferman et Glicka Bajgelman, première femme de Jacques.

Avec sa mère et son frère, elle rejoint en 1929 son père installé en France.

Lorsque ses parents se séparent, elle choisit de vivre avec son père, tandis que son frère Léon reste avec sa mère. La guerre déclarée, avec sa belle-mère Fanny, elle rejoint son père dans le Tarn-et-Garonne ; il s’est en effet porté volontaire en tant que militaire et il est stationné dans une caserne de ce département.

Puis, son père Jacques Oferman étant démobilisé, la famille revient sur Paris mais ce dernier décide alors de partir en zone libre. Arrêté, il est assigné à résidence à Cluny. Annette, sa belle-mère Fanny ainsi que sa demi-sœur Claudine partent le rejoindre en Bourgogne au printemps 1942. Le passage de la ligne de démarcation fut un moment éprouvant.

Installée à Cluny, Annette fait sa rentrée au cours St Joseph des Récollets en octobre 1942. Là, elle doit tenir tête aux sœurs qui veulent la convertir.

Elle vivra à Cluny une vie d’adolescente banale même si  sa « double vie » lui pèse ; elle va, par exemple, s’inquiéter pour son oncle Joseph lorsque celui-ci est arrêté à Mâcon.

SAM_3579Annette Oferman et son mari, Jean-Pierre Radiguet[1]

À la fin de l’hiver 1944, son père et sa belle-mère sont arrêtés. C’est à elle que revient alors la difficile mission de s’occuper de Claudine. Après l’avoir confiée à une institution religieuse mâconnaise, elle retourne à Paris. Puis, à la fin du printemps 1944, elle revient chercher sa sœur et l’emmène au château de Lambervalle.

À la Libération, elle retrouve sa mère Glicka, saine et sauve à Paris. Elle reprend alors le cours d’une vie « normale » en travaillant notamment comme fourreuse.

En célébrant la Libération, elle retrouve par hasard Jean-Pierre Radiguet -un gad’zart clunisois- sur les Champs-Elysées. C’est lui qu’elle épouse en 1947 et ils s’installeront aux alentours de Paris.

Au début des années 2000 Annette tombe malade et met fin à ses jours.

Louise Goujon 


[1] Archive privée, famille Rotbart.

2 réflexions au sujet de « [Portrait] Annette Oferman – Louise Goujon »

  1. bravo pour cet article qui retrace ce destin si emouvant. le commentaire apporte par la niece d Annette est egalement un joli salut au travail de tous ces jeunes lyceens qui font un travail de memoire remarquable

  2. Merci pour cet article qui retrace la vie de ma tante. Quel challenge, à l’âge de 15 ans, de devoir s’occuper d’une petite Claudine, et en pleine guerre !
    Le passage sur les soeurs qui veulent convertir Annette au christianisme m’a interpellé. Pourquoi vouloir imposer leurs croyances, elles ne sont pas meilleures ou pires que celles du voisin. Ou alors c’était pour la protéger ? Dans l’Histoire, de nombreux juifs se sont convertis à l’Islam ou au Christianisme pour avoir la vie sauve. Cela n’a pas empêché l’Holocauste.
    Par ailleurs, je n’ai jamais vu Annette mentionner sa foi ni sa pratique religieuse. De plus, elle a épousé un non-juif. Si elle a résisté à la conversion, ce n’était donc peut-être pas par fidélité religieuse.
    C’est un peu la spécificité de la judéité : cela peut être une religion, mais c’est aussi une culture. On peut être athée mais se sentir juif. Certains disent que c’est aussi une ethnie…
    Mélangeons-nous tous et il n’y aura plus de racisme 🙂

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