[Portrait] Une famille juive dans la guerre – Marie Lévêque

Durant la Seconde Guerre Mondiale, en France notamment, des familles juives entières se sont retrouvées prises dans la tourmente de l’antisémitisme. En effet, depuis la mise en place de la collaboration avec les Allemands, celles-ci sont successivement privées de leur travail, recensées puis marquées de l’étoile jaune. Cette politique vichyste d’exclusion et de persécution facilitera l’arrestation et la déportation de milliers de juifs. Certains ont pu échapper à ce tragique sort en adoptant différents comportements : la fuite, l’engagement, la cache. C’est la cache qu’a choisie la famille Lévy-Neumand. J’ai rencontré Jean-Pierre Lévy-Neumand, né durant la guerre, qui m’a raconté sa vie en tant que catholique d’origine juive durant la guerre et l’après-guerre et comment cette dernière a bouleversé l’équilibre familial.

Lévy-Neumand
Jean-Pierre Lévy-Neumand ©M. Lévêque

Avant 1939, ses parents, issus d’une famille de riches marchands de grains, vivent chez son grand-père maternel à Épernay (Marne) ; c’est une famille juive alsacienne avec des racines mélangées. En effet, son père juif s’est converti pour épouser sa mère catholique, ce qui était plutôt mal vu par l’ensemble la communauté.  M. Levy-Neumand naît à Beausoleil en mai 1940.

« L’injustice dans la vie, c’est la famille dans laquelle tu nais. »

Ses parents, comprenant le danger imminent qui guette leurs six enfants, décident de louer une maison isolée en Ardèche où ils resteront cachés jusqu’en janvier 1945 et vivront principalement des rentes de la famille.

Néanmoins, certains membres de sa famille ont choisi de s’engager. Son grand-père paternel étant mort durant la Première Guerre Mondiale, sa famille garde un sentiment très patriotique. Ainsi, son oncle  Pierre Pène, marié à Françoise (la sœur de son père) s’engage dans la Résistance car il ne supporte pas l’occupation. Il est l’un des chefs de la Résistance durant toute la durée de la guerre et recevra la médaille de la Résistance, tout comme sa femme juive qui l’aidait dans ses activités.

« Il y a donc toujours eu un fossé entre moi et mes cousins, résultant de l’attitude de nos parents respectifs durant la guerre. »

Après la guerre, ses parents se séparent : les évènements politiques tuent la cellule familiale de base et en reconstituent d’autres… Etre juif ou d’origine juive n’est pas un statut facile dans la France d’après-guerre, sous le joug d’une culture antisémite née de l’affaire Dreyfus. M. Lévy-Neumand se souvient des brimades de la part de ses camarades de lycée : «  sale juif », «  tu es juif donc tu es riche », «  tu caches ton argent ». Ainsi, les réactions ont été différentes pour plusieurs membres de sa famille, notamment ses frères et sœurs. Certains ont changé de nom, l’un est parti vivre en Israël tandis que d’autres, comme lui, ont fait le choix de ne rien changer : «  Je reste comme je suis. »

Toute la famille a été en quelque sorte « disloquée » par la guerre ; ainsi M. Lévy-Neumand a vécu durant des années sans ne rien savoir sur sa famille autre que ses frères et sœurs. Il y a une vingtaine d’années  il a reçu un arbre généalogique de toute sa famille. Quelques années auparavant, Sabine Franel réalise un film,  Le Premier du Nom,  relatant l’histoire de la rencontre d’une centaine de cousins appartenant à cette grande famille et ayant tous un ancêtre commun : Moïse Blin. C’est en quelque sorte une généalogie de ses membres ; entre ceux qui sont allés au bout de l’assimilation, ceux qui ont presque cessé d’être Juifs et ceux qui continuent à l’être. Depuis, il correspond avec ses cousins et il y a seulement trois mois, à l’âge de 75, ans il a rencontré Olivier Pène, fils de Pierre Pène, son cousin, lors d’une visite organisée à Épernay, notamment dans la maison de ses grands-parents.

Ainsi, les bouleversements liés à la guerre, la déportation et l’antisémitisme ont entraîné une stabilisation difficile pour les juifs. Certaines familles ont pu grâce au travail acharné de leurs membres se retrouver et se rencontrer. Mais tous n’ont pas eu cette chance. De nombreuses familles ne sont jamais revenues des camps, ou ont été endeuillées d’un ou plusieurs membres..

Marie Lévêque, première

Une réflexion au sujet de « [Portrait] Une famille juive dans la guerre – Marie Lévêque »

  1. A la lecture de ce témoignage, je me suis penchée une nouvelle fois sur un livre écrit par Jacques SEMELIN titre : persécutions et entraides dans la France occupée, comment 75 % des juifs en France ont échappé à la mort. Oui, des milliers de personnes juives sont assassinées mais il y a une énigme en France, 75 % de la population juive vivant en France échapperont à la politique d’extermination de Vichy grâce aux associations pro-juives qui se mettront en place et grâce à l’action de français qui aideront ces familles à fuir ou à se cacher . Ce que je sais depuis que j’ai lu ce livre, c’est que les familles juives intégrées à notre société française bien avant la guerre échapperont aux lois antisémites grâce à la protection de la population. Les familles juives étrangères migrant sur notre territoire pour échapper aux persécutions, plus fragiles par leur statut d’émigrants seront en grande majorité déportées. Je vous conseille de prendre connaissance de ce livre qui fait date je crois. En rapport, la Belgique n’a compté que 55 % de survivants et les Pays-Bas 20 %

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