[Réfugiés] Auf der anderen Seite • Tobias Hürter – Traduction par Lucie Delpeuch

Traduction d’un article de Tobias Hürter, dans la revue philosophique Hohe Luft suite à l’article [Réflexion] Auf der anderen Seite Walter Benjamin Flüchtlinge – Catherine Girbig

De l’autre côté

Il y a 75 ans, le philosophe Walter Benjamin mourait. Il se suicida alors qu’il fuyait pour échapper aux  nazis. Son destin sonne aujourd’hui comme un rappel qui doit nous inciter à traiter les réfugiés de manière humaine.

À l’automne 1940, – il y a exactement 3/4 de siècle-, Walter Benjamin, l’un des plus  grands intellectuels de son temps, échouait à Portbou, un petit village à la frontière espagnole. Issu d’une famille juive, Benjamin avait émigré à Paris après l’arrivée au pouvoir du national socialisme en 1933. Puis, après le déclenchement de la guerre, il est interné dans un camp de réfugiés. Après sa libération, il fuit en direction de l’Espagne pour aller aux États-Unis.

Mais les Espagnols ne voulurent pas laisser entrer l’apatride détenant un passeport provisoire qui lui permettrait d’embarquer pour les États-Unis.

Le 25 septembre, Benjamin, finit dans un hôtel miteux de Portbou avec la perspective d’être livré le lendemain à la Gestapo. Il devait être alors exténué par la fuite, et anxieux face aux jours sombres qui se dessinaient. Peut-être était-il las de la vie, peut-être voulait-il s’échapper pour quelques heures, toujours est-il qu’il mourut le 26 septembre d’une overdose de morphine.

Juste après, ses compagnons purent finalement continuer leur fuite.

Aujourd’hui, 75 ans plus tard, le destin de Walter Benjamin résonne toujours comme un avertissement. Son histoire témoigne de ce qu’il se passe sur le plan humain lorsque l’on est en fuite, de ce que cela signifie de laisser tout ce que l’on connait derrière soi. Ce serait déjà une raison suffisante pour se souvenir de lui particulièrement ces temps, mais il y a encore un autre motif. On ne peut pas coller d’étiquette sur sa pensée, ses idées ne se laissent pas enfermer et réduire à des formules ou des questions de principe. Benjamin était critique littéraire et artistique, il écrivait sur le cinéma, la politique, animait un programme radio pour les enfants. Derrière la légèreté de façade d’un écrivain butinant à droite et à gauche se cache la conviction que de nombreux phénomènes ne prennent tout leur sens que dans leur réalisation individuelle, et non dans le monde des idées abstraites.

C’est pourquoi la pensée de Benjamin est un modèle pour le traitement des réfugiés qui arrivent aujourd’hui par centaines de milliers en Allemagne et en Europe. Avec eux aussi nous (vers qui ils viennent se réfugier) risquons de faire des généralisations intolérables. Celui qui parle du flot des réfugiés met dans un même panier  toutes les biographies, les histoires de fuites, les multiples raisons qui poussent au départ.

C’est ainsi qu’on transforme les réfugiés en une masse dénuée de visage, sur laquelle toutes les projections sont possibles.

Les gens anxieux aiment à voir dans les réfugiés une menace, de potentiels voleurs et terroristes. Les gens soucieux de l’économie aiment à voir en eux une main d’œuvre précieuse, des contribuables, les sauveurs de nos retraites, les cosmopolites se réjouissent de l´arrivée de nouveaux voisins. Rien de tout cela ne leur rend justice. Une seule chose rassemble les réfugiés : ils sont déracinés, ils dérivent vers le néant, comme Walter Benjamin en son temps. Tout le reste, on l’apprend quand on les regarde dans les yeux et qu’on écoute leur histoire, dans l’esprit de Walter Benjamin.

Traduction par Lucie Delpeuch, Terminale

3 réflexions au sujet de « [Réfugiés] Auf der anderen Seite • Tobias Hürter – Traduction par Lucie Delpeuch »

  1. merci d’avoir fait ce lien entre passé et présent, qui éclaire la nécessité et l’utilité du devoir de mémoire: comprendre aujourd’hui à partir d’hier, pour construire demain.

  2. Eine großartiger Text, Catherine, und hervorragend übersetzt, Lucie.
    Diese Worte sind nicht nur wahr, sondern auch von höchst beklemmender Aktualität.

    1. Ja. Der Text von Tobias Hürter ist wirklich wunderbar. Il fait exactement le lien qu´il nous faut faire: comprendre ce qui se passe actuellement autour de nous en utilisant le recul que nous avons sur les persécutions d´hier. Merci Lucie pour ce gros travail de traduction. Merci Jürgen de souligner la qualité de ce travail!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *