[Réflexion] Auf der anderen Seite Walter Benjamin Flüchtlinge – Catherine Girbig

En février 2013, je me suis rendue avec Andreas à Portbou. Nous voulions aller sur les traces de Walter Benjamin, un écrivain que nous admirons.

Portbou en février. Tempêtes, soleil un peu fou, froid humide, Riviera déserte, immeubles défraîchis, rue ventées, vides, un petit marché un peu vivant, et ce mémorial fabuleux, qui vous prend à la gorge, vous fait perdre l’équilibre, et tomber vers la mer… sur du plexiglas. Le mémorial est de Dani Karavan, artiste israélien que les germanistes de terminale connaissent, car il est l’auteur du mémorial pour les Roms tués par les Nazis, érigé à Berlin il y a peu.

Portbou. Juste après Cerbère. Ce lieu est étrange. J’en ai gardé une impression à la fois angoissante et atrophiée. L’immense gare de Portbou – complètement démesurée par rapport à la taille de ce petit village espagnol de la frontière, coincé entre la mer et une petite chaîne de montagnes assez sévère – ne donne pas du tout envie de voyager, plutôt l’impression d’arriver dans une impasse.

Oui, nous étions sur les traces de Walter Benjamin dont la vie a fini dans un petit hôtel de Portbou, et je n’étais pas très objective. Mais cette gare. Ces trains. Cette frontière où tant de réfugiés laissèrent des plumes ou même pire, la peau – d’abord les Espagnols cherchant à passer en France pour fuir Franco, puis les antifascistes cherchant à gagner le Portugal puis un bateau vers l’Ouest…

Walter Benjamin. Sa trop lourde valise. Ses tentatives pour passer par les montagnes. Son provisoire visa pour les USA qui ne l’aide pas. Sa confiance qui diminue. L’angoisse de tout perdre, ses précieux manuscrits.Un Berlinois un peu fatigué perdu dans les pierriers des Pyrénées. L’impression obsédante de courir la tête contre le mur.

Walter Benjamin : le réfugié par excellence. Qui se tient à la porte de nos consciences – de pays si peu, si mal accueillants – et nous rappelle ce que c’est que de devenir apatride, de tout quitter, de craindre chaque instant pour sa vie, d’être menacé partout, tout le temps. Pour ce qu’on est. 

Et voilà que je tombe cette fin d’année à l’aéroport berlinois Schönefeld sur un article de Tobias Hürter, dans la revue philosophique Hohe Luft (dont j’aimerais traduire le titre par L’air des cîmes). Je vous le retape, il est simple et juste… et confie le soin à un petit groupe de germanistes qui le souhaitent de l’expliquer ou de le traduire intégralement pour ceux qui ne lisent pas l’allemand (faites le à plusieurs, l’un commence, s’arrête, un autre prend le relai)! Merci!

Auf der anderen Seite

Vor 75 Jahren starb der deutsche Philosoph Walter Benjamin. Er nahm sich das Leben auf der Flucht vor den Nazis. Sein Schicksal ist eine Mahnung zu menschlichem Umgang mit Flüchtlingen.

Im Herbst 1940, also genau vor einem Dreivierteljahrhundert, strandete Walter Benjamin, einer der größten Intellektuellen der damaligen Zeit, im spanischen Grenzdorf Portbou. Er stammte aus einer jüdischen Familie, war nach der Machtübernahme der Nationalsozialisten im Jahr 1933 nach Paris emigriert, nach dem Kriegsbeginn in einem Flüchtlingslager interniert gewesen und nach seiner Freilassung in Richtung Spanien geflohen, um in die USA zu gelangen. Doch die Spanier wollten den Staatenlosen mit provisorischem US-Pass nicht einreisen lassen. Am 25. September saß er in einem schäbigen Hotel in Portbou, mit der Perspektive, am nächsten Tag an die Gestapo ausgeliefert zu werden.

Er muss erschöpft gewesen sein von den Strapazen der Flucht- und voller Angst vor den düsteren Aussichten. Vielleicht war er des Lebens überdrüssig, vielleicht wollte er ihm nur für ein paar Stunden entkommen, jedenfalls nah er am 26. September eine so hohe Dosis Morphium, dass er daran starb. Seine Gefährten durften daraufhin ihre Flucht fortsetzen.

Heute, 75 Jahre später, ist Walter Benjamins Schicksal eine Mahnung an uns. Seine Geschichte zeugt davon, was Flucht mit den Menschen macht, und was es bedeutet, alles Vertraute hinter sich lassen zu müssen. Das wäre schon Grund genug, sich heute ganz besonders an Benjamin zu erinnern. Aber es gibt noch mehr. Sein Denken passt unter keine Überschrift, es lässt sich nicht auf irgendwelche Formeln und Grundsätze komprimieren. Benjamin war Literatur- und Kunstkritiker, schrieb über Kino und Politik, machte ein Radioprogramm für Kinder. Hinter der scheinbaren Beliebigkeit steckt die Überzeugung, dass viele Phänomene nur im Einzelnen wirklich zur vollen Geltung kommen, nicht im Abstrakten. Damit ist Benjamins Denken auch ein Vorbild für den Umgang mit Flüchtlingen, die derzeit zu Hunderttausenden nach Deutschland und Europa kommen. Auch bei ihnen laufen wir- zu denen sie kommen- Gefahr, unzulässig zu abstrahieren. Wer « Flüchtlingsströme » sagt, wirft die unterschiedlichsten Biografien, Fluchtgeschichten und Beweggründe zusammen. So werden die FLüchtlinge zu einer gesichtslosen Masse, auf die sich alles Mögliche projizieren lässt.

Ängstliche Menschen mögen in den vielen Flüchtlingen eine Bedrohung sehen, potenzielle Diebe und Terroristen, Ökonomisch denkende Menschen mögen in ihnen Arbeitskräfte sehen, Retter unserer Rentenkassen, Kosmopoliten freuen sich vielleicht auf neue Nachbarn. Nichts davon wird ihnen gerecht. Nur eines haben die Flüchtlinge gemeinsam: Sie sind existenziell entwurzelt, sie driften ins Nichts, wie damals Walter Benjamin. Alles andere erfährt man erst, wenn man ihnen ins Gesicht sieht und ihre Geschichten hört- im Geiste Walter Benjamin.

Revue Hohe Luft , für alle, die Lust am Denken haben ( l’air des cîmes, sous-titrée « pour tous ceux qui ont plaisir à penser »), p.15, numéro 1, janvier 2016

Catherine Girbig – Professeur d’allemand

2 réflexions au sujet de « [Réflexion] Auf der anderen Seite Walter Benjamin Flüchtlinge – Catherine Girbig »

  1. Intéressante histoire que celle de Walter Benjamin : je me suis lancée dans la traduction de l’article de presse cité plus haut, il arrive donc bientôt en français, le plus fidèlement possible, je l’espère!

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