[Convoi 77] • 4/4 • Et pour finir, la suite – Cloé Fougerard & Thomas Loisier

Et pour terminer la biographie de la famille Handzel, nous avons eu l’honneur, le 12 mai 2017, de pouvoir échanger et de recevoir le témoignage émouvant de Gaston Herz, 89 ans, cousin de Marcel.

Roger Herz, le frère de Gaston naît au Luxembourg tandis que lui voit le jour à Metz où la famille était installée. Il tient à le préciser : pour son père, sa mère et son frère, ce sont bien les gendarmes français qui les ont arrêtés à Sérécourt (Vosges) où ils étaient réfugiés et ce, uniquement parce qu’ils étaient Juifs. Toute sa famille est dirigée le 18 juillet 1942 vers le vélodrome d’hiver tandis qu’il échappe à la rafle, caché dans une grange voisine. Il ne reverra plus jamais les siens, déportés à Auschwitz : « Je n’ai réalisé que plus tard,  les sentiments  de catastrophe  d’une mère laissant un fils de 13 ans seul devant une maison fermée », écrit-il.

Les souvenirs de Gaston Herz sont diffus mais il se souvient qu’après avoir fui, il se retrouve embauché à l’hôtel Touring à la Bourboule comme garçon à tout faire puis il travaille en usine à la Séauve sur Semène. Fuir, se cacher, survivre. Continuer la lecture de [Convoi 77] • 4/4 • Et pour finir, la suite – Cloé Fougerard & Thomas Loisier 

[Convoi 77] • 3/4 • Conclusion – Cloé Fougerard & Thomas Loisier

Sur les 1374 Juifs luxembourgeois qui s’étaient réfugiés en France, 475 au moins ont été déportés et seulement 20% ont survécu à la déportation et « au moment de la libération, la communauté juive au Luxembourg avait pratiquement cessé d’exister. Suite aux mouvements de fuite, à l’émigration forcée et aux déportations effectuées par l’occupant, le nombre de Juifs avait passé de 3 907 en mai 1940 à seulement 70 en septembre 1944. (…) La Shoah avait profondément marqué l’évolution démographique de la population juive. En 1947, seulement 870 Juifs étaient recensés au Luxembourg[1]. »

L’arrêté du 7 septembre 2016[2] portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur l’acte ou jugement déclaratif de décès de Marcel Handzel reconnaîtra qu’il est bien décédé à Auschwitz en août 1944.

Raymond et Simone Burtin, Thomas Loisier, Cloé Fougerard, 22 mars 2017, Sancé. Photo : F. Loreaud

À Sancé, Raymond Burtin ignorait, depuis 1944, le sort de son copain d’école.


[1] https://www.gouvernement.lu/844206/rapport_final.pdf p. 13-15.
[2] JORF n°0240 du 14 octobre 2016, texte n° 57. https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000033234895&categorieLien=id

[Convoi 77] • 1/4 • La famille Handzel – Cloé Fougerard & Thomas Loisier

Dans le cadre du projet « Convoi 77 », Cloé et Thomas sont partis sur les traces de la famille Handzel, réfugiés dans la commune de Sancé avant d’être exterminés à Auschwitz. L’écriture de ces trois biographies (celle d’Oziasz, de Léonie et de leur fils Marcel) les a amenés à travailler avec les archives municipales de Sancé, les archives départementales de Mâcon, celles du Luxembourg et même celles de la ville de Przemysl en Pologne. Mais, pour eux, l’écriture de ces biographies ne s’est pas limitée à découvrir les archives ; ce sont aussi les rencontres, les échanges qui donnent de la force au dernier récit qu’ils vous présentent ici en quatre partie, avant que le blog « Matricule 35 494 » ne ferme définitivement ses portes. Merci à toutes et tous d’avoir suivi et soutenu cette belle aventure pendant deux ans.   

C. Clergue Continuer la lecture de [Convoi 77] • 1/4 • La famille Handzel – Cloé Fougerard & Thomas Loisier 

[Actualité] Les enfants d’Izieu, justice et mémoire – Le procès Barbie, trente ans après

En replay, journée de rencontres et d’échanges du 14 mai dernier, en présence de :

Serge Klarsfeld (Écrivain, historien et avocat des enfants d’Izieu) , Beate Klarsfeld (Militante antinazie, à l’origine de la traque de K. Barbie), Alexandre Halaunbrenner (Frère de Mina et Claudine, enfants raflées à Izieu), Alain Jakubowicz (Avocat de parties civiles), Pr. Jacques Védrinne (Professeur honoraire de médecine légale, expert psychiatre au procès), 

Et en présence d’éminents historiens, juristes et représentants politiques : 

Annette Wieviorka (Historienne spécialiste de la Shoah, directrice de recherche au CNRS), Herta Däubler-Gmelin (Ancienne ministre de la Justice de la République Fédérale d’Allemagne), Piotr Cywinski (Historien polonais, directeur du musée d’État d’Auschwitz), Matthias Gemählich (Doctorant à l’université de Mayence – Allemagne), Michel Massé (Professeur émérite en Droit et Sciences Criminelles – université de Poitiers), Samuel Pintel (Ancien enfant d’Izieu, membre du Conseil d’administration de la Maison d’Izieu), Carlo Saletti (Historien italien, membre du Conseil scientifique de la Maison d’Izieu)

http://www.pole-tv.com/memorializieu/live.html

[Rencontre] Simha : récit d’une rencontre lumineuse – Marie Jaquemin

Mercredi 10 mai 2017, 10h10 : La pause a sonné : je m’arme de mes affaires et attrape mes amies au passage pour me rendre dans le bâtiment J. Aujourd’hui, je n’irai pas en sport, aujourd’hui est un jour particulier. Tandis que mes pas me portent presque d’eux-mêmes à destination, mes souvenirs ressurgissent : le train, la pluie sanglotant sur Düsseldorf, les sourires. L’image de nos hôtes, lumineux, bienveillants, s’impose à moi. Ces hôtes qui avaient accueillis à bras ouverts ces 5 Françaises aux traits tirés et aux mèches ruisselantes d’eau de pluie. Je me souviens de la projection du film dans ce mémorial aux chaises inconfortables. Je me souviens de l’errance dans la ville déjà parée pour les fêtes de Noël à la recherche d’un restaurant qui accepterait nos estomacs affamés. Je me souviens de cette rôtisserie, de cette banquette où nous nous étions serrés, des discussions passionnées en trois langues différentes, des rires. Enfin, je me souviens des « Au revoir, à bientôt à Cluny ! » que nous avions alors prononcés, encore toutes chamboulées de cette rencontre comme il y en a peu dans une vie. J’étais rentrée chez moi, enivrée de cette nouvelle expérience et je me disais : « quelle chance j’ai eue ! ». Mais aujourd’hui, nos promesses se sont concrétisées : la chance que j’ai eue, que nous avons eue, nous pouvons la partager. Aujourd’hui, nous sommes ce jour particulier, ce jour du « à bientôt à Cluny ! ».
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[Exposition] Léa Aujal expose – C. Clergue

Nous avions pu admirer le talent de photographe de Léa Aujal l’an dernier et nous avions été heureux d’apprendre qu’elle avait obtenu -dans le cadre du concours de la meilleure photo d’un lieu mémoriel- le troisième prix octroyé par Les Fondations de la Résistance, pour la Mémoire de la Déportation et Charles de Gaulle.

« Le petit filet de la vie » ©Léa Aujal – 3e prix

« Prison Montluc, Lyon. C’est là que nous, les quarante élèves du projet « Matricule 35 494″, nous sommes rendus le 13 janvier 2016 et ce, après avoir visité Izieu et en attendant notre voyage à Auschwitz.

Montluc. Ce lieu chargé d’Histoire a accueilli environ 10 000 prisonniers : des femmes et des hommes qui s’opposaient à la barbarie nazie, de toutes religions, de tous pays ; des anonymes, les innocents d’Izieu, tout comme des personnages emblématiques, tels que Jean Moulin ou l’historien Marc Bloch.  C’est là également que furent enfermés les soixante-dix-huit Clunisois dont nous suivions les traces depuis l’automne 2015 : parmi ceux-ci, Marie-Louise Zimberlin, professeure de français arrêtée en plein cours dans notre établissement le 15 février 1944. Matricule 35 494 à Ravensbrück.

Aujourd’hui, à travers l’objectif, je les imagine, je les vois, entassés dans cette cellule et attendant la peur au ventre. Attendant l’interrogatoire qui les mènerait devant Barbie et refusant encore de croire au pire : l’inexorable départ vers Drancy, Compiègne, les camps…

À la fenêtre inaccessible, la pluie frappe, le soleil y darde peut-être aussi ses premiers rayons et la lune vient s’y refléter. Combien de regards se sont agrippés vers ″ce petit filet de vie″, espérant ? Combien de prières, de mots couverts ou hurlés se sont envolés vers ce ″peu de lumière″ ? 

Lieu de Mémoire, la lucarne de la liberté abrite à jamais les mots et les regards de ceux qui ont combattu, résisté et qui ne sont peut-être pas revenus. »     

 

Depuis, Léa a fait son chemin. Etudiante à l’ENS de Lyon, elle a continué à photographier de multiples lieux dont les villes de Lyon, Paris… N’hésitez pas à découvrir son travail à Dompierre-les-Ormes ; une très belle exposition qui a attiré un public nombreux vendredi dernier. Et n’hésitez-pas à soutenir l’artiste puisqu’elle met en vente actuellement certains de ses clichés. Voir l’article du JSL.

 

Inauguration de l’exposition en présence du maire de Dompierre-les-Ormes. Photos : C. Clergue

Léa n’a pas pour autant oublié le projet Matricule 35 494 et elle nous donnera l’occasion de voir ses photographies réalisées l’an dernier à Auschwitz mercredi prochain dans le hall du cinéma de Cluny, à l’occasion de la venue de l’ethnomusicologue Simha Arom.

[Rencontre] Simha, ou rencontre avec l’espoir – Marie Lévêque

Le 10 Mai prochain sera diffusé au cinéma Les Arts de Cluny, un documentaire passionnant de Jérôme Blumsberg : Simha. Durant 78 minutes, vous découvrirez le parcours de ce petit garçon juif en exil durant la Seconde Guerre Mondiale devenu ethnomusicologue de renommée mondiale pour ses travaux en Afrique Centrale.

Ce documentaire est avant tout un moment de rencontre avec différentes cultures qui porte un magnifique message : celui dont on a voulu détruire la culture a consacré sa vie pour que celle des autres ne tombe pas dans l’oubli. Entre les souvenirs d’une enfance volée, et les rencontres musicales avec certaines tribus d’ici et là, ce documentaire sublimement réalisé par Jérôme Blumsberg, éveillera vos oreilles au son de musiques lointaines et votre cœur à l’histoire cet homme devenu « oreille du monde ».

En novembre dernier, une partie de l’équipe du projet de devoir de mémoire et d’histoire du lycée La Prat’s –Matricule 35494- a pu rencontrer Simha et l’équipe du film au cours d’une projection à  Düsseldorf en Allemagne à l’occasion du 78ème (triste) anniversaire de la nuit de Cristal. Après cette rencontre formidable empreinte de souvenirs, de savoirs, d’anecdotes et surtout d’émotions, il nous semblait évident de présenter ce documentaire à Cluny. Nous vous attendons nombreux, pour découvrir vous aussi ce film empli d’espoir qui rend heureux.

Pour en savoir plus, je vous invite à consulter deux articles postés sur le blog de Matricule 35494 :

Marie Lévêque

[J’ai lu] Uri Orlev : Cours sans te retourner ou l’histoire vraie de Yoram Friedman – Cloé Fougerard

Né en Pologne en 1931, l’auteur –Uri Orlev– a passé ses premières années dans le ghetto de Varsovie. Alors que sa mère a été exterminée par les Nazis et son père emmené par les Russes, Uri Orlev et son petit frère sont envoyés à Bergen-Belsen. Père et fils ne se retrouveront en Israël qu’en 1954. Orlev a publié 29 livres, pour la jeunesse ou pour les adultes. Ses livres ont été traduits dans 38 langues.

« Cours sans te retourner » a été publié dans 17 pays, traduit dans plus de 15 langues et adapté au cinéma. L’auteur a rencontré Yoram Friedman en Israël au cours d’une conférence et de là est née l’idée de raconter l’histoire de cet enfant caché, petit Juif polonais de huit ans. Continuer la lecture de [J’ai lu] Uri Orlev : Cours sans te retourner ou l’histoire vraie de Yoram Friedman – Cloé Fougerard 

[Portrait] Nelly : une Victoire en plein camp – Cloé Fougerard

Selon les travaux de l’Institut d’histoire du temps présent et du ministère des anciens combattants, 141 000 personnes en France ont été déportées soit pour des raisons raciales (≈75 000 dont 2 500 survivants) soit pour des raisons diverses (≈66 000 dont 42 000 pour des faits de résistance). Sur 141 000 déportés seuls 25 000 reviennent des camps.

Dans les camps, pour celles et ceux qui n’étaient pas directement dirigés vers la chambre à gaz, la vie continuait et certaines femmes ont accouché dans les camps mais peu d’enfants survécurent : soit les nazis les exterminaient à la naissance, soit les enfants décédaient de maladies ou de malnutrition.

Peu nombreux sont donc ceux qui revinrent de la déportation mais c’est le cas de Nelly Ducatel, bébé rescapé des camps de la mort.

Archive privée, Nelly Ducatel

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[Convoi 77] Rencontre avec S. et R. Burtin, camarades d’école de Marcel Handzel – T. Loisier

Nos recherches sur l’histoire de la famille Handzel nous avaient tout d’abord conduits aux archives départementales où nous avions eu des informations sur l’école primaire fréquentée par Marcel lors de son séjour dans le petit village de Sancé près de Mâcon en Saône-et-Loire. Puis, le 22 mars dernier, nous nous sommes rendus au village où la famille Handzel pensait être en sécurité. Là, nous avons rencontré Raymond et Suzanne Burtin, anciens camarades de classe du jeune Marcel, toujours émus -malgré les années- par la disparition de leur camarade.

Arrivés à destination, sur la place du village, nous découvrons tout d’abord l’école de Marcel ; il est intéressant de remarquer les inscriptions « Filles » et «Garçons » à l’entrée de la cour de récréation qui rappellent le découpage des classes qui s’opéraient, à l’époque, en fonction des sexes.

Ecole de Sancé, actuelle mairie. Photo : C. Fougerard

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